Mirambeau Thibault

Rencontre avec Thibault Despagne – Tour de Mirambeau – 26 juillet 2011

26 juillet 2011

En cette matinée du 26 juillet, rendez-vous est pris avec Thibault Despagne, à Naujan et Postiac, rive droite de Bordeaux, fief où est produit le Château Tour de Mirambeau. La période des départs en vacances a réduit le nombre de mes « acolytes ». Nous sommes finalement quatre. Les absents ont manqué quelque chose. 

L’accueil donne le ton : convivialité, accessibilité et souhait d’échange. Nous sommes privilégiés car, d’une part, l’agenda de notre beau viticulteur le conduit plusieurs mois par an en Asie et, d’autre part, la propriété ne systématise pas la réception des particuliers. Mais l’échange entre les hommes sait prendre le pas sur les marchés pour ce contact irremplaçable. L’amateur éclairé reçoit ainsi quelques lumières supplémentaires pour prochainement mettre en scène le flacon qu’il pourra mieux commenter.

Thibault Despagne nous embarque dans le 4×4 pour une visite des vignes puis des chais où mature en barrique ce qui deviendra le Girolate 2010. Le généreux propos de notre hôte comporte quelques confessions stratégiques jalonnées de commentaires techniques dont cette note s’exonèrera. Tout au plus, reportera-t-on : l’objectif d’une densité de plantation à 10 000 pieds l’hectare pour récolter 4 à 5 grappes par pied, l’utilisation effectivement raisonnée des produits de traitement, un système de gavage des barriques que je n’avais jamais vu auparavant, des idées intéressantes s’agissant de la mobilisation de certains cépages, etc. Bref, partant d’une longue histoire (deux siècles) liant la famille à la vigne, la cogitation continue pour offrir le meilleur dans un positionnement restant accessible à nos bourses, c’est à souligner à une époque parfois délirante.

Nous avons traversé des endroits très jolis sur la commune de Naujan et Postiac. La rive droite est vraiment magnifique. Si vous n’êtes pas autochtones, et que vous programmez une escapade dans le bordelais, quelques gites ou chambres d’hôtes peuvent être loués aux alentours. Nous passons devant une ancienne propriété temporairement possédée par l’acteur Victor Lanoux. On imagine son coup de cœur … Mais plus encore on peut comprendre que la famille Despagne, dont nous rencontrons aujourd’hui la dixième génération dans le métier, reste attachée à cet endroit qui comporte des terroirs qu’il faut savoir repérer, mais aussi apprivoiser. Par exemple, la photo de droite ci-dessous montre un coteau bien exposé inexploitable il y a quelques temps. En effet, certains plantaient la vigne là où le maïs et le blé auraient été préférables… Les parcelles appelant la vigne par leur qualité étaient délaissées lorsqu’elles étaient difficiles à travailler. La famille Despagne a parié autrement en recherchant ces parcelles, jouant une carte terroir gagnante. Pour ce coteau par exemple, une plantation nourricière fertilise un sol qui sera prochainement planté de vignes, dans une argile dont l’épaisseur peine à gommer le calcaire d’une bonne couche graveleuse. Cette carte terroir n’en délaisse pas pour autant le raisin (je pense aux remarques d’Oz Clarke dans son ouvrage sur les cépages, ici démenties).
La maîtrise technique aidant, les Despagne et leurs associés ou collaborateurs (Thibault Despagne parlent beaucoup de son équipe) nous livrent de très belles choses. Nous avons dégusté six crus.

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Le premier cru est un blanc typique de l’entre deux mers. Dans les années 1970, Jean-Louis Despagne (le père de Thibault) l’a promu avec succès, lequel est toujours présent avec le 2010 que nous avons dégusté. Une couleur claire pour un nez présent, ce qu’il faut de matière en bouche pour ce type de vin. C’est très frais, pour les amateurs de blanc de l’entre deux mers à un niveau qualitatif qu’on aimerait trouver plus souvent, pour un prix sage. Cela commence donc très bien.

Le rosé est fin, frais, très agréable et possède une discrétion appréciée. Bref ça ne surjoue pas, cela n’agresse pas. Ce rosé ne racole pas, il est élégant. Je ne suis généralement pas fan des rosés (hormis celui de Marc qui lit peut-être ces lignes…), mais là j’adhère. Un nœud est fait au mouchoir…
Arrive le Tour de Mirambeau (le Grand Vin) blanc 2009 (80% Sauvignon blanc, 20% Sémillon), produit à partir de vignes d’une bonne vingtaine d’années produisant 6 grappes par pied. Je l’attendais suite à ma dégustation du 2008 pour lequel j’ai fait une fiche (je reporte une partie de celle-ci à la fin de ce compte-rendu de visite). Moins expressif que le 2008, il n’est pas en dessous, mais différent, moins flatteur. Sur le coup cela m’a un peu surpris. Certes il lui faut encore s’installer et trouver son aise dans la bouteille, mais il restera sans doute assez différent, davantage sur les agrumes, plus fin, plus net et précis, plus classieux tout en gardant un gras apprécié. Il est aussi, à mon sens, moins complexe sur le plan aromatique que le 2008. Il me donne l’impression d’avoir été plus encadré, un souhait de maîtrise l’ayant rendu plus sage, meilleur élève. Il est donc intéressant d’avoir les deux millésimes en cave, ils ont chacun leur qualité. S’agissant du 2008, plus qu’auparavant j’ai envie de le boire à l’apéro avec quelques tapas. Il bluffe un peu, mais il le fait si bien. Une bouteille est toujours au frais, prête, on ne sait jamais… Cet usage ne doit évidemment pas lui être réservé, il a beaucoup de tenue sur une table ; mais j’en suis devenu gourmand alors il faut bien multiplier les occasions… Le 2009 va très vite entrer en cave. Il en sortira pour accompagner un met, plutôt traditionnellement en début de repas, ou alors avec une plancha de produits de la mer et pourquoi pas avec une assiette de fromage (chèvre ou brebis). Mais sa classe lui autorise les mets plus subtils ouvrant un repas programmé. On remarque un changement d’étiquette par rapport au 2008. Avec ce 2009, je reste fan du Tour de Mirambeau blanc. Il reste très correct en rapport qualité prix : 13,75 euros. Comment s’en priver ?
Pour les rouges, assemblés à partir de Merlot et de Cabernet Sauvignon, nous avons gouté la Réserve et la Cuvée Passion (équivalent du Grand Vin dans la gamme) millésime 2004, ce dernier se goutant très bien maintenant. De couleur assez foncée, leur rondeur enrobe bien les tanins. On termine avec le Girolate, une cuvée spéciale, millésime 2003. Les conditions ont été pour lui sévères puisque Thibault Despagne l’a ouvert à notre arrivée. S’il mérite à l’évidence un carafage, il s’est néanmoins montré d’emblée généreux. Ce compte-rendu de lecture n’est pas une fiche de dégustation mais difficile de ne pas livrer quelques mots sur ce Girolate 100% Merlot qui s’est ouvert au fur et à mesure de la dégustation car, ayant remarqué cet engagement progressif, nous avons passé un peu plus de temps avec lui. La couleur est foncée, dénotant à la fois une densité et une gourmandise qu’on retrouvera en bouche. C’est costaud, mais dans le même temps un velouté rend le vin accessible et onctueux de l’attaque à la finale, assez longue. Côté arôme, fruits noirs suivis de chocolat et/ou de café. Il faudrait que je le goute à nouveau, sans autre vin, pour vivre avec lui un moment plus intime. J’apprécierai mieux sa complexité et l’intégration. Le Girolate est un Bordeaux viril à la voix suave et rassurante. Au prix d’une cinquantaine d’euros la bouteille en primeur, c’est un peu surcoté à mon sens pour l’autochtone, mais les prix étant devenus ce qu’ils sont… Il est sans doute plutôt destiné à une clientèle internationale appréciant qu’un haut couvre la gamme.

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Merci à Thibault pour nous avoir ouvert ces flacons et les précédents, pour nous avoir offert deux heures de son temps, pour sa prise en charge ; un type avec qui il serait facile de passer la journée sans ennui. Côté emplettes : la Réserve et le Grand Vin en blanc, le rouge cuvée passion (Grand vin). Les prix d’une caisse de 12 : la Réserve blanc à 93 euros (soit 7,75 la bouteille), la Réserve rosé à 99 euros (8,25), la Réserve rouge à 108 euros (9 euros), pour les grands vins 2008 le blanc est à 165 (13,75) et le rouge à 226,44 euros (18,87). Il faut donc ajouter quelques euros pour un achat chez votre caviste préféré chez qui vous pouvez acheter à l’unité. Les Frais de port sont en supplément pour toute commande inférieure à 36 bouteilles. Commande minimale par caisse de 12 du même cru (pas de panachage),
Allez voir le petit film ici http://www.despagne.fr

Coordonnées :

Despagne SAS
Le Touyre
33420 Naujan et Postiac
05 57 84 55 08
à 15 km au sud de Saint-Emilion,
à 50 km à l’est de Bordeaux

 

 

 

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