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Rencontre avec Sébastien David, Saint-Nicolas de Bourgueil, 24 avril 2012

25 avril 2012

Voici un 24 avril 2012 attendu puisque rendez-vous est pris avec Sébastien David, à Saint-Nicolas de Bourgueil.
Après une période passée aux Etats-Unis près de Boston pour travailler et étudier le vin sous d’autres cieux, il revient pour sortir son premier millésime en 1999 sur des terres familiales jouxtant celles de ses parents. Le travail a été pensé lors de son expatriation et son retour signe un modèle qui a certes nécessité quelques essais, mais porté par une volonté claire de défendre une conception bio confessée par le panneau d’accueil.

Souffre à tire-larigot (un seul passage car on souffre toujours assez), levure ou additif synthétique, insecticide, … Kezako ? Rien de tout cela chez Sébastien David et les premiers rangs de vigne côtoyant ceux des voisins voient leur production analysée pour garantir le respect de la terre, du vin et finalement de notre santé (à consommation modérée s’entend…).

Le temps de prendre quelques flacons et verres dont on imagine l’usage prochain, et après une discussion sur le travail mécanique de la vigne, la superficie exploitée, les compositions des sols et l’esprit général motivant l’implication partagée par un réseau dans un travail respectueux à la fois des traditions et du goût, nous embarquons vers la cave louée et située au bout d’une galerie d’environ 2km, à 27 mètres sous terre (claustrophobe s’abstenir).

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Magique, on verrait bien quelques fées danser la ronde avec quelques sorcières autour de cette « toile barrique » (ci-dessous).

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Notre hôte a le chic pour intéresser ; d’emblée, il occupe l’espace temps de propos captivant que j’aurais bien des difficultés à restituer ici pour au moins deux raisons. La première est que je ne ferais que livrer une pale copie d’un matériel combinant valeurs et techniques, les deux devant, ici, être vues comme une symbiose au service d’un projet durable. La deuxième est que l’original est irremplaçable. Si vous avez un de ces jours cette chance que nous avons eue de pouvoir passer quelques instants avec Sébastien David, vous comprendrez chaque explication même lorsque la technique pointe car l’homme, érudit, mobilise une pédagogie de bon sens. Il en est par contre autrement s’il fallait restituer l’ensemble car l’homme est aussi prolixe, pour notre plus grand bonheur. Bref, restons amateurs et profitons de cette situation confortable pour nous délecter de l’instant, et du cabernet franc, seul cépage ici travaillé.
Est-ce un passage par les Etats-Unis qui a conduit notre hôte à penser les quatre piliers portant sa gamme de vins composée d’un vin de soif à boire facilement entre copains dès que possible, c’est-à-dire sans garde et sans chichi, d’un vin plus travaillé mais toujours facile dans le plaisir recherché, d’un vin fil rouge marketé par un contenant changeant tout comme son nom à chaque millésime et enfin un vin gargantuesque rendant hommage à Rabelais (son nom n’est pas « A boire », premier cri du personnage, mais « Le vin d’une oreille », puisqu’il naquit de l’oreille de sa mère).

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La première cuvée que nous dégustons est nommée Hurluberlu, sur millésime 2011, 25 jours de macération carbonique et quelques mois de cuve.

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Bouteille en verre « blanc » pour un bouchon synthétique rouge qui pose question. On oubliera, pour ce cru comme pour les autres, la robe puisque le faible éclairage de la cave n’offre pas la possibilité de l’apprécier, sauf à remarquer que cela paraît limpide pour un vin non filtré. On se doute y aller pour le fruit, et on le trouve. Le nez est un peu fermé mais la bouteille vient d’être débouchée, cela s’ouvre assez vite. La bouche est fraiche. Le nom colle parfaitement à ce cru car a priori, j’imagine qu’à l’aveugle on ne le situerait pas forcément à Saint-Nicolas de Bourgueil même si ça lui va très bien (quand on le sait…). Hurluberlu serait (ou aurait été) le surnom de Sébastien dans le village, en raison peut-être d’une certaine rêverie l’emmenant vers un autre monde auquel il nous faudra parvenir par une conversion plus massive des viticulteurs à l’agriculture biologique. Notre vigneron n’en serait sans doute que très heureux.

Bref, ce vin d’été à boire entre copains sur des grillades, payé 8,5 euros la bouteille au domaine, est sans chichi, bon et à essayer. Il convient de le prendre pour ce qu’il est, c’est-à-dire à l’image d’un vin facile tel que son concepteur l’a sans doute voulu ; on le trouve sous la barre des 10 euros, par exemple sur le site du « caviste se rebiffe ».

« Plop ! ». La deuxième bouteille questionne explicitement l’occitan : « Kezako », sur millésime 2011. Un rouge également sur le fruit, plus gourmand, mais cela reste frais. 13 euros à la propriété, je lui prévois un petit carafage et une fiche dégustation. C’est bon.

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« Sanguin » s’inscrit dans le fil rouge dont je parlais plus haut, celui qui, chaque année, change de flacon et de nom. Il porte bien son nom. Il porte aussi le millésime 2009 de la cuvée « patrimoine », laquelle est en fait un acrostiche, puisque chaque millésime commence par la lettre du nom de la cuvée. Pour la première décennie, on obtient ainsi :

Premium pour 1999
Ancestrale pour 2000
Thyrse pour 2001
Razines pour 2002
Idylle pour 2003
Mi-chemin pour 2004
Orion pour 2005
In vivo pour 2006
Ni Dieu ni Maître pour 2007
Endémique pour 2008

Avec Sanguin, on retrouve le fruit de ce sacré millésime 2009, avec un toucher de bouche gourmand, belle matière et belle longueur. 15 euros à la propriété. La dégustation organisée prochainement va surprendre. Une fois de plus, il vous faut l’essayer.

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Ensuite nous goutons les vins tirés des barriques, dans lesquelles les raisins de vieilles vignes sont insérés presque grain par grain quasiment aussitôt après avoir quitté la rafle. Ces barriques donneront différents millésimes du « Vin d’une Oreille ». On remontre le temps : 2011, 2010 et 2009 prochainement en bouteille (donc 3 ans de barrique). Je m’attendais à quelque chose qui allait cogner, et bien c’est déjà bon, le nez est très intéressant, belle matière, c’est long. On imagine aisément que ce vin de garde nécessitera un bon carafage. C’est pour la garde et c’est facturé 35 euros.

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Et bien quel moment ! Il ne nous resterait qu’à aller fouler aux pieds dans les foudres avec Sébastien David, comme il le fait (mais l’exercice lui est réservé).

Ne passez dans dans cette région (qu’il faut absolument visiter pour les vins, les châteaux, la Loire, la culture, etc.) sans tenter de recontrer Sébastien (en vous joignant à un groupe car l’agenda est ce qu’il est) et à faire quelques emplettes. Les prix sont corrects et c’est bon, pourquoi donc s’en priver. En effet, difficile, pour l’amateur comme pour le curieux, de ne pas compter dans sa cave quelques crus de ce vigneron passionné et passionnant, à l’image des vins qu’il fait, ou inversement, malin, tenace, à l’écoute, à écouter et, bien sur, Bio (ce qui, en passant, veut aussi dire beau en chti…). En fait, quand on connait le vin et son géniteur, ce n’est pas difficile, c’est obligatoire. Une fois décidé, il vaut mieux ne pas tarder, d’une part parce que 90% part à l’export et que les stocks sont serrés.

Je parierais aisément que je vais être fan. Affaire à suivre.

Le blog de Sébastien David

Les coordonnées de la propriété
Domaine Sébastien David
5, chemin Gardière
37140 Saint-Nicolas-de-Bourgueil
Tel: +33 (0)2 47 97 89 64

PS : aller rendre visite à Sébastien David et à 62 autres domaines, le 13 mai 2012à la cave du pays de Bourgueil. Liste de ces domaines ici http://patrimoinesd.canalblog.com/archives/2012/04/11/23990866.html

PS 2 : pour le déjeuner nous sommes allés au Café de la Promenade, à Bourgueil : très bien. Payé 12,50 une entrée et un plat. Sur le côté une boutique vin où on achète les bouteilles plus chères qu’à la propriété (dommage) mais on ne rajoute que 8 euros pour boire sur place ce qui est là par contre très correct.

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