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Rencontre avec Jean-Baptiste Bourotte, Clos du Clocher, Pomerol

9 octobre 2016

Cela faisait un moment que j’attendais cette Escapadoenophile. Il faut dire que le dernier billet de la rubrique « rencontre vigneron » date de 2014. Mais ce n’est pas le principal motif de la grande satisfaction de ce 1er octobre 2016. L’idée de passer un moment avec Jean-Baptiste Bourotte motivait fortement la journée, il allait nous conter l’histoire du Clos du Clocher. Je connaissais peu celui-ci, alors que je suis plus familier du Château Bonalgue (un billet sur le millésime 2009 ici, sur le 2008 ici, une opération Portes Ouvertes ici , une autre porte ouverte ici).

Jean-Baptiste Bourotte dirige les deux branches d’une entreprise familiale (voir le site ici) dont l’une regroupe les activités de négoce (les entrepôts sont situés le long des quais de la Dordogne à Libourne) et l’autre celles de production de vin. Les propriétés exploitées sont : Clos du Clocher (Pomerol), Château Bonalgue (Pomerol), Château Monregard La Croix (Pomerol), Château Les Hauts Conseillants (Lalande de Pomerol), Château du Courlat (Lussac Saint Emilion), ce dernier proposant également une « cuvée Jean-Baptiste ». Les propriétés emploient 11 salariés permanents et font évidemment appel à de nombreux intérimaires pour les vendanges.

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Jean-Baptiste partage avec un aïeul le prénom et la passion du vin. Cet arrière grand-père, venu de Corrèze pour le commerce du vin, achète en 1924 La Cabanne qui participe à ce qui deviendra le Clos du Clocher, la photo ci-dessous témoignant l’évidence de ce nom bien choisi.

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Jean-Baptiste, diplômé d’HEC, est revenu diriger les propriétés familiales après une expérience professionnelle dans le groupe Richemont, mais sans jamais avoir rompu avec le giron familial et le monde du vin. Il connait évidemment parfaitement les lieux vers lesquels il nous conduit, sur le plateau de Pomerol. En pivotant sur 360 degrés, l’index pointe alors les propriétés entourant de façon plus ou moins contiguë le Clos du Clocher : Fleur Pétrus, Trotanoy, Clinet Eglise Clinet, Clos l’Eglise, Rouget, Croix de Gay, Fleur de Gay, La Fleur, Petrus (point culminant, à 40 mètres, Clos du Clocher est à 38 mètres), Certan, Certan de May, l’Evangile, Conseillante, Petit Village. Les 750 hectares de l’appellation Pomerol autorisent ce tour d’horizon. Ceci dit, hormis quelques propriétés, les 170 exploitants gèrent de petites surfaces (6 hectares pour le Clos du Clocher).

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On est ici sur les argiles bleues qui ont fait la réputation de l’appellation. Elles possèdent cette capacité, en hiver, d’éponger le surplus d’eau et, en été, de se fragmenter pour laisser les racines des vignes aller chercher de la fraicheur.
Sur ce difficile millésime 2016, elles ont également permis aux vignes matures d’aller, durant la sécheresse de l’été, puiser l’eau dans leur profondeur. Les plus jeunes vignes ont eu la vie plus rude même si la pluie de mi-septembre leur a été salvatrice. Globalement, les Pomerol vont bien exploiter les conditions climatiques de 2016. Les vendanges commencent à Bonalgue lundi 3 octobre, quelques jours plus tard au Clos du Clocher.

Sur ce plateau, on perçoit de la grave en surface. L’argile est juste dessous. Plus on descend dans le territoire pomerolais, plus le sable remplace l’argile. Mais ces terroirs drainants restent très qualitatifs, les sécheresses y sont toutefois forcément plus agressives.

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L’assemblage du Clos du Clocher comporte environs 30% de Cabernet Franc, un cépage qu’affectionne Jean-Baptiste Bourotte (nous avons ce point commun), le reste étant composé de Merlot.

Clos du Clocher est travaillé en culture plus que raisonnée, les pratiques de la culture biologique sont appliquées sans être certifiées puisque Jean-Baptiste garde la possibilité d’une intervention n’entrant pas dans le cahier des charges bio si une situation critique devait l’exiger.

Après des explications à la fois concises et complètes, nous reprenons la voiture pour nous diriger vers les chais et la salle de dégustation. Chez Jean-Baptiste, on aura évidemment remarqué lors ce premier volet de la visite, des qualités pédagogiques, une précision du propos, le souci du mot juste, etc. Franchement très agréable.

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Je ne m’étendrai pas sur les explications et les échanges lorsque nous avons parlé des fermentations près des cuves, de l’élevage dans le chais à barriques. Hormis la compréhension des choix faits pour que le vin finalement consommé soit le plus près possible des attentes du consommateur d’un grand Pomerol, d’un respect du terroir, des précautions prises pour que la matière évolue sagement, etc. Ce qui était aussi particulièrement intéressant concernait le côté gestion d’une PME dans le secteur vin. Le propos comportait une dimension managériale (management, exportations, …) permettant aussi de comprendre les choix évoqués précédemment.

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Lorsque nous arrivons en salle de dégustation (bâtiment récent mêlant habilement béton et bois), la table sur laquelle nous ferons notre pique-nique présente le choix de Jean-Baptiste Bourotte. Thème : années paires, à savoir 2012, 2010, 2008 et 2006. Pour le repas, une petite surprise nous attend.

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Comme pour chaque visite de domaine, il ne faut pas attendre ici des fiches de dégustation mais juste des premières impressions. Ceci dit, guère difficile de ne pas confesser d’emblée que nous avons bu des très bons vins. Globalement, si on retrouve l’effet millésime (témoin d’une matière respectée), on retrouve un style maison traversant les années ainsi que les soubassements pomerolais responsables de l’engouement durable pour l’appellation.

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Clos du Clocher 2012 porte encore les traces d’un bel élevage sachant néanmoins laisser le fruit s’exprimer. C’est indubitablement un vin de très bon niveau mais qui possède dans le même temps un côté fruité et gourmand. Cette gourmandise est promise dès le premier nez, riche. L’entrée en bouche est plutôt droite, mais gagne immédiatement en ampleur, en rondeur. Une belle longueur promet également un bel avenir à ce vin qui offre du plaisir aujourd’hui et certains escapadoenologues en ont fait leur millésime préféré de la journée.

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Clos du Clocher 2010 est d’emblée moins flatteur, mais on joue dans la cour de ce grand millésime, avec ses caractéristiques dont certaines invitent à attendre les crus. Ceci dit, si le nez est certes moins marqué que le 2012 et laisse s’échapper une légère touche alcooleuse (qu’un carafage gommera), ses effluves sont plus complexes. La bouche est classieuse, ce vin possède une structure et des tanins superbes. Il est d’un parfait équilibre, avec une fraicheur en fin de bouche dévoilant une rétro florale, avec cette belle violette pomerolaise. J’ai un coup de coeur pour ce vin dans ce millésime, que l’amateur laissera en cave encore quelques années.

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Clos du Clocher 2008 porte également les caractéristiques du millésime. La belle arrière saison ayant permis d’attendre une maturité salvatrice. Le nez est riche, moins sur la jeunesse du fruit que le 2012 mais généreux en termes d’effluves pomerolaises. En bouche, s’il possède moins de matière que les deux précédents, il n’en manque pas. Il reste gourmand et ses tannins mentent en fait sur un caractère plus strict alors que ce vin de repas est aujourd’hui tout à fait disponible. La série continue donc de nous séduire.

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Clos du clocher 2006 se présente dans une robe plus claire (les autres étaient sombres), un peu évolué. Le nez est également riche et marqué. Un vin très élégant également en bouche. Indiscutablement, il porte moins de matière mais sans aucun sentiment de manque, il est très agréable. Ce vin est dans les registres de ces vins qu’on a envie de sortir de temps à autres pour aller vers quelque chose de plus facile à boire. A nouveau on se régale, et on est bien à Pomerol.

Si le repas permettra de gouter à nouveau les vins, Jean-Baptiste Bourotte nous offrira l’opportunité de gouter le millésime 1989. S’il s’agit d’une autre époque, ce que la robe confesse d’emblée, si votre cave en comporte, soyez heureux ! Vous aurez, comme Jean-Baptiste, alors le plaisir de ravir vos convives.

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Je pense que l’opération primeurs pour les 2015 est terminée, mais vous pouvez toujours tenter de contacter la branche négoce de l’entreprise (ici). Outre qu’on est sur un très bon millésime, il s’agit d’une Vraie opération primeurs. Autrement dit, le particulier avançant les fonds est récompensé car il paie les vins bien moins chers que lorsqu’ils sont livrables.

Un grand merci à Jean-Baptiste Bourotte. Nous avons passé un EXCELLENT moment !

A l’année prochaine à Lussac ?

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