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Rencontre avec Denis Barraud. Saint-Emilion Grand Cru : Lynsolence, Château Les Gravières. Bordeaux Supérieur : Château de la Cour d’Argent

18 juin 2014

C’est en 2011 que je rencontre notre hôte pour la première fois. L’idée de faire connaissance était encouragée par la lecture du blog de Rémi Loisel (ici), lequel vantait les crus de Denis Barraud : Château de la Cour d’Argent (Bordeaux Supérieur), Château Haut-Renaissance (Saint-Emilion, un cru n’est pas systématiquement produit), Château Les Gravières (Saint-Emilion Grand Cru), Lynsolence (Saint-Emilion Grand Cru). Alors que les portes ouvertes des Châteaux de Saint-Emilion m’incitaient à un arrêt à Branne, à 10km au sud ouest de Saint-Emilion, lieu de vinification des crus, je me retrouvais du mauvais côté du pont surplombant la Dordogne. En fait, c’est au domicile de Denis Barraud que je me rendais par erreur, alors qu’il fallait aller aux chais au port de Branne (à 3 mn en voiture). Le vigneron, voyant un indivudu aller et venir devant sa demeure, sort et fournit très aimablement les indications permettant de rejoindre l’endroit de la visite et des dégustations.

Il a un large sourire, et pourtant … En effet, Denis Barraud, fortement amaigri, vient de subir une très grave opération et suit un rude traitement, mais la perspective d’un amateur désirant gouter ses crus touche ce passionné qui va jusqu’à s’excuser de ne pas pouvoir m’accompagner. Franck, son neveu, nous réserve un très bon accueil et la dégustation confirme l’intérêt qu’il convient de porter aux vins (ce fut l’un de mes premiers billets, ici).

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Cela fait donc 3 ans que je connais Denis Barraud, et pourtant j’ai l’impression de le connaître depuis bien plus longtemps. Sans explication, il y a des gens avec qui c’est réciproquement facile. Nous nous sommes revus à plusieurs reprises, notamment lors des primeurs, mais aussi à l’occasion d’achats puisque ce vigneron vend également au particulier pour peu que ce dernier prenne un rendez-vous. Les vins de Denis Barraud me plaisent beaucoup et ce blog leur consacre plusieurs billets de dégustation (cf. les liens en bas de cet article).

D’où une autre idée, faire connaître ce vigneron et ses vins aux copains participant aux escapadoenophiles. En ce samedi 14 juin 2014, 10 membres du petit club se rendent ainsi chez Denis Barraud. En voici le compte-rendu, écrit avec la nostalgie d’un moment trop vite passé, parce qu’exceptionnel. Qu’il est bon de rencontrer des Vignerons. Et Denis Barraud nous a préparé une sacrée surprise …

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Nous voici donc au port de Branne (enfin, certains potes ont fait la même erreur que moi la première fois) et l’accueil de Denis donne le ton : tutoiement de rigueur. Une table est dressée pour notre pique-nique. On imagine déjà les deux portes du local s’ouvrant sur la Dordogne durant le repas, et c’est effectivement ce que nous vivrons. Chouette.

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Sur le plan généalogique, Denis Barraud incarne la 4eme génération de viticulteurs. Son père décède malheureusement alors que Denis a 11 ans. Il rejoindra la propriété pour en prendre les rênes à 21 ans, juste après ses études d’œnologie, aidé par un grand-père qu’il évoquera plusieurs fois lors de la visite. La propriété est divisée en trois, puisque Denis Barraud la partage avec ses deux sœurs. Il ne se contentera pas de cet héritage et étendra son patrimoine vitivinicole qui comporte aujourd’hui 36 hectares (29 en appellation Bordeaux, les 7 autres en appellation Saint-Emilion) et quelques bâtiments pour l’élevage et le stockage à Branne. En 1998, Denis est très tenté de faire une cuvée alors que certains ont réussi avec ce qu’on appelle les vins de garage (mouvement initié par Jean-Luc Thunevin). Lynsolence naîtra de ce désir.

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Denis Barraud nous emmène dans un des chais à Barriques tout en livrant les informations inhérentes à son savoir-faire. Nous recevons à ce stade plus exactement les informations relatives à l’élevage de Château Les Gravières et de Lynsolence, en ce moment les 2013. Ce millésime, on le sait, a été très difficile, les rendements ont été faibles ; au tri, il a fallu être sévère et, qui plus est, la grêle n’a pas épargné notre vigneron (6 hectares de récolte anéantis, 15 autres hectares dont la récolte a été détruite à 60%), sans compter la coulure du cépage Merlot. Bref, pour préserver la qualité, il a fallu sacrifier la quantité (14 hectolitres l’hectare pour Lynsolence au lieu de 20 à 25 selon les années, 17 pour Les Gravières contre 35 à 40) pour que le consommateur, notamment le fidèle, retrouve dans les crus « Barraud » le vin qu’il aime.

Château les Gravières est élevé pour 50% du volume en barriques neuves, les autres 50% évoluent en barriques d’un vin. Ce millésime 2013 est une exception, puisque uniquement des barriques d’un vin ont été utilisées pour que le rapport bois/tanins produise un vin que le consommateur apprécie. La mesure de l’indice de polyphénols aide, à ce titre, à apprécier le potentiel de garde d’un vin. Ce dernier, lors de l’élevage, doit être dans un rapport de « force » favorable avec le bois, pour que celui-ci apporte, sans excès, la complexité au vin.

Lynsolence est uniquement élevé en barriques neuves (18 mois), sa matière sachant en tirer profit, toujours sans excès comme nous le confirmera la dégustation (son indice polyphénols tourne autour de 100). La typicité de Lynsolence tient dans son rendement volontairement modéré (5 à 6 grappes sont laissées par cep), des Merlots dont les pieds ont une soixantaine d’années, des porte-greffes peu productifs (Riparia). Pour la fermentation, 30% sont placés en vinification intégrale en barrique neuve de 400 litres (la couleur est tirée d’une rotation des barriques), les 70% restant prennent place en foudres thermorégulés (avec pigeage).

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Cinq tonneliers sont sollicités.

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Denis Barraud nous conduit ensuite aux cuves pour livrer quelques explications accompagnées d’une dégustation du Château de la Cour d’Argent (tiré des cuves). Nous goutons le 2011 et le 2012. Les deux sont des très jolis Bordeaux Supérieurs, comme le 2009 tirant sur des arômes de cerise (une bouteille est ouverte), au grain fin. Je suis heureux d’avoir pu gouter à nouveau le 2011 car celui dégusté en bouteille en décembre 2013 n’était pas en place. Aujourd’hui, il est parfait. Un nez marqué et étonnamment riche dans cette gamme de prix (8 euros). Le 2012 est à la mesure de la dégustation que vous lirez dans un précédent billet (il avait eu un coup de cœur). Trois excellents Bordeaux Supérieur, vraiment.

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Près des cuves, deux bouteilles de Château Les Gravières perdent leur bouchon : 2010 et 2012. C’est très bon. Des nez riches, des bouches à la fois droites, suaves, d’une amplitude maitrisée. Du joli fruit, toujours respecté. Des finales sur la violette (2012), ce n’est pas si fréquent et on retrouvera cela parfois dans Lynsolence ; j’aime beaucoup ce type d’arômes. Les vins sont ainsi délicatement épicés, très légèrement poivrés sur leur finale. Denis a également gardé deux échantillons du 2013 où on est de nouveau sur des arômes appréciés par tout le groupe.

Aussi bien avec Château La Cour d’Argent qu’avec Château Les Gravières, je vois les mines réjouis de mes amis. Et ce n’est pas fini. Denis, observateur de la régalade en cours, repère un conquis ne recrachant pas l’élixir et rappelle « attention, on a du boulot après ».

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Le local suivant est dédié à l’embouteillage et au stockage. Nous en sortons pour nous rendre dans un autre chai à barriques où un Brumisateur permet de garder une hygrométrie dont les anges se passeraient volontiers. En attendant, c’est nous qui en prenons une part en goutant Lynsolence 2012. Très aromatique, nez superbe, toucher de bouche qui provoque des « hummmm », longueur, hou … et toujours ce fruit respecté, c’est très prometteur.

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Avant de revenir dans la grande salle, nous goutons au passage un rosé : Lyne. Il est bien fruité. Il plait (6,50 euros la bouteille).

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Lorsque nous regagnons la grande salle, la vision que certains d’entre nous ont eu à l’arrivée chez Denis Barraud est confirmée. Le viticulteur a préparé une verticale de Lynsolence : 2011, 2010, 2009, 2008, 2007, 2006, 2005, 2003 (débouchage à 8h30, bouteilles épaulées). Un sacré cadeau. Les mines déjà ravies des copains marquent toutefois une mimique d’inquiétude lorsque Denis Barraud annonce qu’il attend des remarques dont il prendra note. Je ris car je vois effectivement mes gaillards intimidés. Ils font preuve de modestie en tempérant leurs commentaires, remplacés à l’occasion par quelques boutades dont Denis lui-même s’est servi pour entretenir la bonne ambiance de cette escapadoenophile.

Lors de cette verticale, il est aisé de remarquer un style traversant les millésimes de Lynsolence. Sans que le goût ne soit uniformisé, car l’effet millésime joue indubitablement, l’amateur de cette cuvée retrouvera, d’année en année, ce qui lui plait. Ainsi, dans les points communs aux différents millésimes et certes de façon plus ou moins marquée : une robe sombre généralement d’un bel éclat, un nez immédiatement aromatique, intense et riche, sur les fruits noirs (cassis parfois, un peu de mure et de la framboise notamment sur 2010), quelques douces épices, avec des notes de réglisse qu’on retrouve en bouche, et sur certains millésimes un soupçon de Zan à la violette (que j’achetais en plaques dans mon enfance, me souvenant alors de l’emballage bleu-violet). La bouche est plus ou moins droite et plus ou moins ample, mais toujours avec de la matière plutôt puissante, mais jamais trop, jamais lourde, juste le gras contribuant au beau toucher. Du très beau fruit. Des élevages intégrés. C’est très bon, sur certains millésimes c’est grand.

S’agissant de la singularité de chaque cru, et, rappelons-le, sans considérer pouvoir ici lire ce qu’une fiche dégustation pourrait livrer, voici quelques notes.

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2011 : Je ne le crois pas tout à fait en place. Un indéniable potentiel notamment par une combinaison de matière présente sur un grain fin. Il faut le gouter à nouveau dans quelques temps. L’élevage encore sensible explique peut-être cela, le fait que je ne suis pas un pro aussi. Rappelons que j’avais dit la même chose de Cour d’Argent 2011, dans un précédent billet, qui m’a ravi aujourd’hui.

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2010 : c’est mon chouchou. Un coup de cœur ayant déjà fait l’objet d’un billet sur ce blog. Il le reste. J’adore ce vin. Je retrouve le commentaire pouvant être consulté dans mon billet du 10 mai (ici). Je suis très curieux de voir ce qu’il deviendra dans une décennie (mais les chanceux qui se le procureront peineront à l’oublier 10 ans, ou alors il faut prendre une caisse de 12 et ouvrir une bouteille par an).

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2009 : son nez tire sur les sous-bois, légèrement champignonné. Le vin est moins droit que le 2010, plus ample, une mâche de 2009, mais le vin reste frais. Un grand vin qui surprendra, agréablement, les adeptes du cru par son caractère pomerolais. Il garde de la fraicheur. C’est très bon.

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2008 : c’est le vin qui a, hormis le 2003, le plus évolué. Il se goute aujourd’hui très bien et l’assemblée est unanime sur ce point. Un soupçon d’alcool en rétro disparaîtra avec un bon carafage. Il a été séducteur aujourd’hui (comme lors des portes ouvertes en mai) par ses notes de cerise mures. En bouche, il offre une jolie rondeur. Avec un repas, il sera top.

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2007 : un vin qu’il faut gouter en dehors d’une verticale pour les amateurs que nous sommes car il souffre de la comparaison avec les autres millésimes. Il offre moins de matière et sa finale est plus courte. La bouche est en effet moins suave, plus fine aussi sans être maigre, alors que le nez reste très aromatique.

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2006 : je ne l’aurais pas mis sur 2006, un millésime difficile qui m’a souvent posé des problèmes. Ici, le vin est disponible et combine merveilleusement amplitude et élégance. Un vin plus aérien, sans concéder sur le plan de la matière toujours bien présente. Très bien.

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2005 : le meilleur vin de la série. Un très grand vin, vraiment superbe. Il a tout. Un nez complexe, un toucher de bouche délicat et très classe, une sacrée longueur et cette adorable note de violette adossée à une pointe de réglisse. Evidemment, l’acheter aujourd’hui, c’est comprendre qu’on accède à un très beau vin qui a été gardé dans d’excellentes conditions par le vigneron.

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2003 : la robe est particulièrement opaque et le toucher de bouche est très agréable, suave. Une finale sur la réglisse et une fraicheur étonnante pour un 2003. C’est un vin qui a obtenu un 93-95 Parker en cours d’élevage sur ce millésime atypique (année de la canicule), autrement dit une excellente note de ce critique influent sur les marchés. C’est un vin qui semble à son apogée, et qui s’y tiendra sans doute encore.

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C’est à une verticale d’un très beau niveau à laquelle mes acolytes ont aujourd’hui participé. Et je peux vous dire que depuis samedi, j’en entends parler.

Ce qui est aussi remarquable, c’est le plaisir pris dès l’entrée de la gamme, avec le Château Cour d’Argent, et évidemment plus on monte, plus l’hédonisme est flatté. Dans le bas de ce billet je mets une copie des tarifs des vins que vous pouvez commander à la propriété. Si vous appréciez ce blog et si tant est que ce qu’il rapporte ne vous parait pas sot, impossible que vous ne fassiez pas entrer les trois crus dans votre cave, impossible que vous, et les chanceux avec qui vous les partagerez, ne preniez pas grand plaisir à les déguster lors d’un repas.

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Un très grand moment grâce à un viticulteur ayant accepté de recevoir une bande d’amateurs qui a beaucoup apprécié à la fois l’homme, la visite, les vins.

Un mot sur le nom des crus : Château Les Gravières tire son nom du sol et du sous-sol très graveleux où sont plantées ses vignes. Château de La Cour d’Argent provient de vignes dont une parcelle (5 hectares) est cadastrée sous le nom « court d’argent ». Lynsolence a ainsi été orthographié par Sandra, la fille de Denis, graphiste et créatrice de l’étiquette. C’est aussi la contraction de deux mots. Le premier est un hommage à l’épouse de Denis Barraud, MarilLYNe. Le second souligne le défi lancé par le vigneron avec cette cuvée « insolente ».

Quelques billets de ce blog sur les vins de Denis Barraud.

Château de la Cour d’Argent 2012, Bordeaux Supérieur (primeur) : ici

Château de la Cour d’Argent 2009, 2010, 2011 : ici

Château Les Gravières 2001 : ici

Lynsolence 2010 : ici

 

La photo du tarif (cliquer pour agrandir) et à côté le lien pour le télécharger en version PDF.

Capture d’écran 2014-06-18 à 11.44.22   version pdf : TARIF Juin 14 Denis Barraud

 

SCEA vignobles Denis Barraud
Château Les Gravières
355 Le Port de Branne
33330 St Sulpice de Faleyrens
Tél : 05 57 84 54 73
mail : denis.barraud@wanadoo.fr
site : http://www.denis-barraud.com

 

 

 

 

 

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