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Rencontre avec Cédric Lecareux, Domaine les Capréoles en Beaujolais (bio)

9 septembre 2017

Dans le billet du 21 juin, je vous parlais de la cuvée Diaclase du Domaine les Capréoles (ici). Il s’avère qu’une escapade familiale à Limas (non, pas au Pérou) s’est transformée en escapadoenophile puisque cette petite ville est à 30mn de Régné-Durette. Rendez-vous est pris avec Cédric Lecareux, le vigneron, le 22 juillet. La météo est menaçante (les épisodes de grêle n’ont pas épargné la région, et si c’est ici habituel, l’année 2017 a été dure). L’excellent accueil de Cédric Lecareux fera oublier les menaces, même si les gouttes n’ont pas permis de passer trop de temps dans les vignes.

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Je n’étais pas accompagné de mes acolytes habituels ; pour tout vous dire, j’étais avec ma mère (de tendance impatiente …) et de mon filleul (un futur amateur de vin, il s’y intéresse de façon croissante, sa curiosité est prometteuse). L’évidente belle éducation de notre hôte lui aura permis de faire la part des choses, je l’en remercie ; gageons que l’occasion nous sera donnée d’une autre rencontre, car si je devais passer à nouveau près du Domaine les Capréoles, je vous le dis d’emblée, il me sera difficile de ne pas faire à nouveau quelques emplettes. Le lecteur aura donc compris que la bonne impression laissée par la dégustation de Diaclase a été confirmée, non seulement le jour de la visite mais également de retour à Bordeaux ; en effet, les autres cuvées du domaine n’ont pas été moins enthousiasmantes. Le type est doué, son travail accompagne une matière livrant de beaux vins à encaver sans risque. Bref, à la fois une belle adresse et un potentiel que je ne suis pas mécontent de connaître.

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Notre vigneron est issu d’une famille aux membres amateurs de vin ; celle-ci avait en Auvergne une petite ferme possédant un peu de vigne pour produire un vin qualifié de subsistance (mais finalement, à ce que j’en ai entendu, réalisé plutôt méticuleusement). Cet ancrage est sans doute contingent au choix de Cédric de suivre des études d’ingénieur en agronomie et oenologie. Sa carrière dans le vin débute véritablement en 2000. Il aura de belles responsabilités dans le groupe Gérard Bertrand, dont une bonne partie de l’exploitation s’effectue en biodynamie.

Il a acquit récemment le domaine que nous visitons (2014 est son premier millésime). Le Beaujolais est une région qu’il aime beaucoup depuis ses études faites à Lyon. Qui plus est, son épouse est originaire de la région. Bref, on ne sera pas surpris que le choix de devenir propriétaire a ciblé le Beaujolais.
Il a agrandi le domaine, puisque celui-ci est passé d’environ 3 hectares à environ 6 hectares, dont 3 en appellation Régnié, les autres en Beaujolais Village mais sur une appellation en devenir, Lantignié, du moins est-ce le souhait d’un groupe de vignerons motivés par ce terroir dont ils savent démontrer le potentiel.

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Ce domaine provient d’une propriété remontant au 18ème siècle qui comportait 35 hectares. Une jolie bâtisse (photo non inséré dans cet article), aujourd’hui maison de vacances, jouxte d’ailleurs l’habitation (ancienne habitation des métayers) de la famille Lecareux et les bâtiments dédiés à la production.

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Nous nous dirigeons vers les vignes où Cédric Lecareux nous parle des situations géographique et géologique du lieu (lors de la dégustation, il y reviendra pour expliquer le choix des différentes cuvées, expliquées par les terroirs qui sont loin d’être homogènes et parfois vraiment différents), du travail à la vigne, etc. L’exploitation de la surface est optimisée par une plantation à 10500 pieds par hectare.
Je ne vous livre pas les détails du propos, avec l’idée qu’il vous faut aller sur ce joli site. Un blog ne peut restituer la voix passionnée d’un vigneron. Tout au plus, ici, faut-il savoir qu’on est sur un terroir sableux, couvrant du granit, et que l’absence d’argile nécessite une pluviométrie correctement distribuée (même si le Gamay possède une assez bonne résistance à la sécheresse).

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Nous nous dirigeons ensuite vers le bâtiment hébergeant les cuves (en béton), les matériels, les stocks, la transition permettant d’en apprendre sur les conditions des vendanges (manuelles), puis, une fois dans le local, sur la vinification (gravité naturelle, macération traditionnelle carbonique du Beaujolais, etc.).

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Ensuite, le chais à barriques, dont la visite est toujours étayée par les explications de notre hôte, qui n’omet pas de raconter les traditions inhérentes à la façon de faire le vin dans la région et les méthodes, évidemment respectueuses du raisin, aujourd’hui mises en oeuvre pour produire des crus très qualitatifs.

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Cédric Lecareux présente 4 cuvées à la dégustation.

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Comme pour chaque visite de vigneron, le propos qui suit ne peut pas remplacer une fiche dégustation et ne livre que des premières impressions.

« L’Amourgandise » est un nom de cuvée involontairement trouvé par la fille du couple Lecareux. A 3 ans, sa langue fourche pour prononcer le mot gourmandise. L’Amourgandise est née. Ce nom colle à merveille au vin dégusté. Cette cuvée, sur les fruits rouges, offre un nez fin mais gourmand, agréable. Un superbe vin de copain. Je le vois servi un peu plus frais, en toutes circonstances (apéro, repas, voire même sur certains desserts). S’il est destiné à être disponible de suite (il l’est), il porte une acidité (Gamay aidant) laissant présager une possible garde. 8,90 euros : top !

« Chamodère » est un nom de cuvée inspiré, à nouveau, par la fille du domaine qui, petite, peinait à distinguer le chameau du dromadaire. Allez, contractons pour obtenir Chamodère. Le vin livre des effluves de petits fruits rouges. Plutôt fermé à l’ouverture, il s’ouvre agréablement mais on comprendra que ce tout jeune 2016 mérite d’être un peu attendu. Sa bouche offre davantage de matière et un léger gras. Ce beau jus va être très bon … et le prix reste raisonnable : 10,20 euros.

« Diaclase » 2015 est qualifié de hors norme par le vigneron. Les conditions climatiques ont produit un millésime aux maturités inhabituelles pour le Beaujolais. Si l’effet millésime se fait ressentir, personnellement, si je ressens effectivement un gain de puissance, je le crois très prometteur. Les acidités sont d’ailleurs restées très basses ; elles se combinent à une trame tanique qui produira un beau vin. C’est sans doute hétérodoxe dans le beaujolais, mais je veux bien parier une belle quille dans quelques années. D’ici là, on sortira le 2014, et peut-être également, selon Cédric, le 2016, millésime également exceptionnel dans cette région (surveillez sa sortie, car comme l’élevage de Diaclase est plus long, il sort après les autres cuvées). A 13,20 euros, vous emportez aujourd’hui le 2014 ou le 2015.

« Sous la Croix » 2016 se positionne en haut de la gamme des cuvées du domaine. Elle provient d’une parcelle de 0,5 hectare. La durée de l’élevage (barriques neuves) est variable. Selon la capacité de la matière, l’élevage en barrique est plus ou moins long (8 mois pour le 2016). Le 2016 est sombre, pourpre. Le second nez est riche, fruité (framboise/groseille), avec les notes de bonbon anglais caractéristiques du cépage. Cela dégage une forme de sucrosité gustative dont on retrouvera la sensation en bouche. Très belle matière, ample mais gardant une belle tension, belle longueur et toujours de la fraicheur. C’est très bon. Une gourmandise assez irrésistible, facturée 18 euros.

Lors de la dégustation, Cédric a livré nombre d’explications complémentaires (sur l’avantage des levures indigènes, sur le rapport jus/pellicule, etc.).

En conversion bio depuis 2014, les cuvées Régnié seront effectivement en bio sur le prochain millésime 2017, ce sera 2018 pour les Lantignié.

Ici, les tarifs départ propriété.

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Grand merci à Cédric Lecareux. C’est un peu loin pour que j’y emmène mes acolytes, mais qui sait … Comme je le disais, le type est doué et on devrait entendre parler de ses crus.

Goutez vite ces beaux vins, vous ne vous forcerez pas à devenir des fidèles. Si vous aimez les beaujolais (ou plus largement le cépage Gamay), cela semble évident, et ceux qui ne croient pas les aimer vont avoir une belle surprise. Moi, je suis fan et je pense que je vais le rester un bon moment …

PS : j’ai découvert Diaclase par le site 1jour1vin, au prix de la propriété. Un site sérieux, permetant de tester les crus mais auquel on recourra évidemment aussi pour des emplettes plus « sérieuses »…

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