PL 2012 02

Portes Ouvertes des Châteaux en appellation Pessac Léognan, 1er et 2 décembre 2012 (ou : une bouteille à la mer !)

3 décembre 2012

Les journées portes ouvertes des châteaux offrent l’opportunité d’une formidable rencontre entre ceux qui font le vin et ceux qui l’apprécient. Certes, on pourrait coire qu’une distance gagnerait entre un consommateur plus ou moins avisé et un viticulteur de plus en plus chef d’entreprise (et de moins en moins agriculteur). L’idée serait alors que plus la propriété est grande, plus ce constat est posé, « toute chose égale par ailleurs ». Cette formule est bien pratique, d’une part, pour masquer quelques contingences et, d’autre part, pour oublier les nuances jalonnant un continuum partant de l’agriculteur en symbiose avec son terroir au propriétaire spéculateur parasité par l’unique règle du profit. Mais finalement, pourrait-on la croire, ici, plutôt fausse ?

Ce week-end en appellation Pessac-Léognan a vu mon plaisir boudé (alors que tout près, en Graves, j’avais pris un réel plaisir, ici). Si quelques propriétés ont joué un jeu tout à fait respectable, il m’a terriblement manqué de rencontrer un Jean-Paul de Lalande de Pomerol, un Nicolas de Montagne Saint-Emilion, un Thibault de l’Entre deux Mers, un Jean-Luc de Saint-Emilion, un Sébastien de Saint Nicolas de Bourgueil, etc. Tous ces propriétaires aux profils si différents mais dont le dénominateur commun m’enchante et m’attire irrésistiblement pour recevoir leurs commentaires, découvrir leur histoire, partager leur passion… Bref, tout ce qui me permet de comprendre leur vin pour mieux mettre en scène celui-ci lorsqu’une de leur bouteille est dégustée avec des amis.

Hormis le grand plaisir d’avoir passé ces journées avec des amis, c’est, sur le plan escapadoenophilique, globalement déçu que je rends ici compte de  ce WE, et de façon hétérodoxe… Voici un florilège justifiant mon incapacité à réaliser la rédaction qui habituellement me permet d’apprendre et de partager :

  • aucun accueil à ce château, encensé par les critiques depuis quelques années. Il faut, sans indication, et dans l’indifférence de quelques salariés, traverser le cuvier pour accéder au chai à barriques où la dégustation ne propose que le second vin, dans un seul millésime, et où on nous dit que pour gouter le premier, il faut aller le chercher en GMS… Surréaliste, non ?
  • le deuxième château offre, a contrario, un bel accueil, mais à la fin de la visite la dégustation propose un blanc 2002 fatigué, un second en 2001 qui ne l’est pas moins et une promotion sur un magnum de 1995 qui, en conséquence, laisse dubitatif (1995 prudemment non proposé à la dégustation). Nous étions dix et unanimement ce cas a été rangé dans les superbes témoignages d’un manque de respect.
  • que dire de ces trois autres châteaux où on nous parle comme à des béotiens ; on aurait même préféré de la condescendance à ce constat d’incompétence à savoir en dire plus et en invitant à rencontrer le maître de chai (où est-il ?) ou Pierre, ou Paul ou Jacques…
  • un Château a offert une belle visite de ses matériels modernes, mais propose ses deux crus à un prix supérieur à ce qu’on trouve facilement par ailleurs, pour ne pas dire presque partout.
  • et celui-ci, réputé faire un vin classique, traditionnel, où ne serait-ce que l’assemblage n’est pas connu de la seule personne présente pour faire déguster le vin.
  • etc.

N’en déplaise à certains, l’accueil a été excellent au Château Smith Haut-Laffitte où le jeune homme ayant organisé la visite a été complet et disponible. Daniel Cathiard se laisse très aimablement abordé pour répondre aux questions plus ou moins techniques. A la dégustation : Le Thil blanc et rouge ; Cantelys blanc et rouge, Les Hauts de Smith blanc, Smith Haut-Laffitte rouge. Même constat avec André Lurton. Il prend un évident plaisir à voir les amateurs présents au Château de Rochemorin se régaler de la générosité avec laquelle la dégustation est organisée (elle est du même acabit à La Louvière), qu’il s’agisse des vins proposés ou du personnel souriant nous accueillant. Bien qu’il y ait beaucoup de monde, notamment à La Louvière, aucune marque de lassitude ne transparaît sur les visages. Une bonne dizaine de crus à la dégustation : CoucheroyCruzeauRochemorinLa Louvière, etc.
Dans ces deux cas, de sympathiques promotions.
J’aurais également aimé pouvoir m’attarder sur la présentation du Domaine du Petit Bourdieu, dont les portes n’étaient pas ouvertes à l’opération locale mais les propriétaires, Marc Pointet et Manuella son épouse nous ont accueilli dans leur chai pour notre pique-nique. Cette faveur a été permise grâce à un membre de notre équipe avec lequel le propriétaire est ami. Son millésime 2010, facturé 11 euros, est fruité et gourmand comme une friandise difficile à laisser vieillir en cave. Cette propriété (2 hectares) sera prochainement présentée sur le blog (en attendant voici ses coordonnées : Domaine du Petit Bourdieu, 16 avenue Karl Marx, 33850 Léognan).
Un dernier mot sympathique pour le Domaine de la Solitude. S’il est parfois décrié, la convivialité est toujours présente (il n’y manque qu’un petit effort au niveau des promotions pour qu’on oublie les foires aux vins au profit de l’achat à la propriété, qui de toute façon s’y retrouvera).

Ce mot n’est qu’une bouteille à la mer, nul doute que les prochaines portes ouvertes en Pessac-Léognan connaîtront à nouveau un grand succès de fréquentation. L’appellation Pessac-Léognan attraperait-elle la grosse tête, alors que d’autres régions la perdent au plus grand plaisir de l’amateur.

Mais nous nous en remettrons, il y a tant de viticulteurs dignes, généreux, accessibles, respectueux et surtout passionnés à rencontrer. Les blogs sont là pour nous en parler.

PL 2012 01

PS : il faut aussi savoir reconnaître une erreur. En effet, peut-être me trompe-je. Ou, comme le confesse la présentation de ce blog (en haut à droite de la page d’accueil), ma naïveté a joué ce tour et rit de moi. Ou, à quelques exceptions, l’itinéraire choisi était le pire ; ce ne sera donc prochainement que meilleur…

Proposer un commentaire

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.