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Portes ouvertes des châteaux de Saint-Emilion, Lussac, Puisseguin, 28 avril au 1er mai 2012

2 mai 2012

Les journées portes ouvertes 2012 des châteaux de Saint-Emilion ont duré 4 jours : du 28 au 1er mai. Le samedi très pluvieux a impacté la fréquentation des sites. Le mardi fut ensoleillé. Entre ces deux journées, ce fut mi-figue mi-raisin, évidemment…

Ce compte-rendu serait trop long si toutes les propriétés visitées y étaient référencées (néanmoins, il n’est finalement pas court). Je ne m’attarde, et donc je ne retiens dans ce compte-rendu, que sur celles qui ont été plus appréciées, sans vouloir mal juger les autres ici oubliées (notamment les déceptions) ; d’emblée, je livre mon coup de coeur de cette édition : Château de Môle en Puisseguin Saint-Emilion. Ce genre de manifestations est toujours aussi exceptionnel pour rapprocher le producteur de ses consommateurs. Les propriétaires peuvent être chaleureusement remerciés pour leur disponibilité. Inutile de vous dire que j’étais sur un petit nuage, et ce n’est pas l’ivresse qui m’y a conduit (il vaut mieux savoir recracher), mais un bonheur « oenophilique ». Ces 4 journées ont certainement paru longues aux viticulteurs, mais deux satisfactions peuvent leur être présentées. Premièrement, les conditions météorologiques ont probablement découragé les visiteurs certaines journées. En conséquence, ils ont pu se rabattre sur un autre jour. Deuxièmement, pour l’amateur, ce fut une belle occasion de répartir les visites de façon plus raisonnable en prenant le temps de s’imprégner de l’histoire du lieu, toujours pour mieux mettre en scène le vin acheté le jour où il sera dégusté. Pour ne pas alourdir le texte, et à quelques exceptions près, j’ai finalement ôté la composition des assemblages qui seront repris dans les fiches dégustations à venir. Vous pouvez retrouver ces assemblages dès à présent sur les sites web des propriétés. Samedi 28 avril 2012. Direction Château Mangot, à l’extrême Est du territoire de Saint-Emilion, à la frontière du Côtes de Castillon, désormais libellé Castillon Côtes de Bordeaux. Je suis seul, à 10 heures, sous une pluie battante, à être accueilli par Yann Todeschini.

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37 hectares entourent la propriété dans un paysage ayant du relief. Après Jean Petit, qui nous a rendu une petite visite au moment de la dégustation, Anne-Marie et Jean Guy, rejoints par leurs deux fils Karl et Yann, ont pris les choses en main. Ils travaillent également un cru en Castillon Côtes de Bordeaux, Château La Brande (25Ha).

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Les lieux sont assez vastes, une construction a relié deux anciennes maisons auparavant séparées par un chemin communal. Yann mène une très belle visite, certes technique mais, d’une part, elle comporte une bonne dose d’analogies souvent culinaires (il a du penser, à juste titre, que cela me conviendrait) et, d’autres part, il jauge pertinemment le degré de connaissance du visiteur. Il est pédagogue et la propriété étant ouverte au public, c’est un lieu de choix si vous êtes en expédition sur le territoire Saint-Emilionais. Tous les vins sont gardés sur le site, parfois sur plusieurs millésimes avant d’être livrés. La dégustation commence avec un rosé. Yann Todeschini me dit qu’il a été pensé pour que la famille se fasse plaisir. C’est une recette à ne pas changer, elle est parfaite aussi pour nos papilles ; Ce rosé est correctement fruité, d’une bonne longueur et à 7 euros c’est un très bon rapport q/p. Aucune hésitation, « ça va glisser tout seul… ». Le Castillon Côtes de Bordeaux, Château La Brande, 2008 entre en bouche, qu’il emplit, avec un beau toucher. C’est agréable. Moins de 10 euros pour les millésimes de ce cru de moyenne garde. Les différents Saint-Emilion Grand Cru sont d’une belle facture dès le Château Mangot (assemblage 85% de Merlot, 9% Cabernet Franc et 6% cabernet sauvignon), suivi par la cuvée Quintessence (100% Merlot, vignes âgées) et la cuvée Todeschini(assemblage 40% cabernets francs, 30% cabernets sauvignons, 30% Merlot), cette dernière étant l’œuvre des deux frangins la travaillant en vinification intégrale. Les assemblages peuvent, en faible proportion, varier. Les vins étaient un peu frais pour véritablement les apprécier (sauf pour le rosé, parfait…), il est donc difficile ici de commenter sauf à dire qu’on sent la montée en matière d’un cru vers l’autre. Pour autant, on n’est pas dans ce que certains qualifient parfois de vins modernes. J’ai le sentiment d’une structure traditionnelle mais travaillée pour nous offrir cette montée en puissance maitrisée. Le primeur 2011 gouté est prometteur.

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Pour le Mangot, selon le millésime, le prix oscille entre 15 et 17 euros. C’est correct. Avec le quintessence le prix passe la barre des 30 euros (on l’aimerait dessous) et le Todeschini passe les 40 (idem, avec un 15% de remise lors des opérations portes ouvertes comme le font certains châteaux lors de cette édition, ou précédemment avec celle du Médoc, on y serait). Les prix primeurs proposés aux clients particuliers sont bien pensés : 6,5 euros ttc pour le Castillon, 11,60 pour le Mangot, 23,80 pour le Quintessence et 29,10 pour le Todeschini. Belle maison, bel esprit, beau travail, bel accueil et bons vins, à refaire pour une dégustation isolée. Daniel Seriot m’a conseillé la découverte de ce cru, je l’en remercie. Il y a quelques années, j’étais passé par La Rose Côte Rol. Un vin un peu difficile à situer. Pas de grande émotion, mais j’avais payé le 2001 11,50 euros et c’était un bon rapport q/p. On le trouve aussi à La Maison des Vins de Saint-Emilion où je m’approvisionne à l’occasion. C’est un vin rond ; pas une longueur d’anthologie, mais pas de déception dans cette gamme. Cette année, 2000 (14,60 euros), 2003 (12,60 euros) et 2009 (13,50 euros) sont à la dégustation. Le premier est à boire aujourd’hui, le deuxième est caractéristique du millésime, un peu confit, pour maintenant. Le troisième est plus structuré, pour plus tard.

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Pierre Mirande, propriétaire de La Rose Côte Rol, a eu la très bonne idée d’inviter deux vignerons qu’il côtoie lors des salons auxquels il participe. Deux vignerons pour deux très belles surprises. Je m’arrête au stand du premier d’entre eux : Domaine Yvon et Laurent Voconet. Me voici, servi par Yvon, parti pour une belle série de Chardonnay : petit Chablis 2010 puis 2009, Chablis 2010, Chablis premier cru Fourchaume 2010, Chablis premier crus Homme Mort 2010, Esquisse (cuvée spéciale) 2009. C’est très bon, tout ; une mention spéciale pour le petit Chablis 2010, flatteur, disponible, plein pour … 6,90 euros. Les autres prix restent très corrects, respectivement : 6,90 euros ; 7 ; 12,50 ; 13,50 ; 18,20. Ici, des informations sur les appellations Chablis http://www.vins-bourgogne.fr

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En route pour le Pinot Noir et les Sauvignon avec les Sancerre dégustés. Ils sont produits par le Domaine Yves et Pierre Martin (respectivement père et fils). Je commence avec le rouge 2010 (8,50 euros), suivi des blancs (même prix pour le premier, 12 pour le Cul de Beaujeu et 13 pour Les Monts Damnés). C’est droit et minéral pour les deux derniers blancs, le premier tire franchement sur une pêche blanche du meilleur fruit, très flatteur et prêt. Les autres gagneront, sans aucun doute, leur complexité dans les prochaines années. Là aussi, c’est bon.

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Parions que Pierre Mirande réitèrera son invitation à ses deux amis pour un RdV à La Rose Côte Rol lors de l’édition 2013. Le Château Pindefleurs (ci-dessous) est en cours de restauration. Gros boulot. Après une formation académique et mais aussi empirique auprès de son oncle (au Château Pipeau), Audrey Lauret vinifie désormais dans ses nouveaux locaux depuis le millésime 2009. La dégustation des jeunes crus trahit la filiation Mestreguilhem, ce qui ravira les « pipeauphiles ». Un vin qui ne s’appréciera qu’après une petite dizaine d’années de garde. Je n’ai pas eu le temps de passer chez son oncle, dont j’encave régulièrement les crus.

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La journée se termine au Château Cantenac. Nicole Roskam Brunot accueille et prend plaisir à nous guider sur les lieux en présentant les œuvres de quelques artistes appréciées. Cette dame a également le sens du commerce, sachant mettre en valeur ses vins, pour qu’on les achète… C’est fait avec un petit sourire classieux, charmeur. Elle veut aussi savoir si cela nous plaît. Des crus élaborés par une famille voulant séduire notre palais, c’est réussi dès le Lussac Saint-Emilion, le Château Moulin de Grenet 2009 ; un joli nez, de la matière et de la longueur pour un vin bien structuré. Un style classique déjà disponible mais qui mérite encore une garde. Le Château Cantenac cuvée Madame est très flatteur, souple et rond (95% Merlot), séduisant, comme sa génitrice (15 euros pour le 2008, 16 pour le 2009). Le Château Cantenac 2008 est également un vin classique : nez, structure et longueur sont très prometteurs. 18 euros pour le 2008, 22 pour le 2009 (dommage qu’il passe la barre des 20 euros), j’embarque donc le 2008, quoiqu’on en dise millésime plus conventionnel, pour une dégustation prochaine (et la rédaction d’une fiche afférente). Le primeur 2010 était à 14,50 ttc à la propriété (par caisse de 12), c’est intéressant. A bon entendeur pour le 2011.

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Dimanche 29 avril 2012 Une journée difficile à restituer. J’ai failli commencer par la rédaction d’un petit compte-rendu de ma visite au Château Trimoulet, où l’accueil de la jeune propriétaire et de son époux fut agréable, mais le 2008 servi à la dégustation n’est pas prêt. Finalement c’est presque fait. A revoir. Au Château Carteau Côte Daugay, la visite est réalisée par Catherine, de la famille Bertrand. Avec sa sœur et son frère, ils incarnent la cinquième génération de vignerons. La dégustation propose le Château Franc Pipeau2007 (13 euros) suivi par le Château Carteau Côtes Daugay 2009 qui est un ton au-dessus par un effet de millésime certes, peut-être aussi en raison du terroir. Les 2009 sont parfois difficiles à gouter en ce moment, et l’amateur peut alors peiner, par exemple, à faire la part entre une puissance parfois trop flatteuse et une structure dont le professionnel peut sans doute mieux apprécier l’évolution. Ceci dit, le Château Carteau Côtes Daugay 2009 montre de beaux tanins et une structure de Saint-Emilion maitrisant l’opulence du millésime. 16 euros, ce sera aussi le prix du 2010 disponible fin juillet (18 mois en barrique). Le Château Vieux Lescours n’est pas à la dégustation, dommage, j’aurais aimé apprécier le 2010 facturé 11 euros (12 mois de barrique). Catherine est aussi sympathique que ses crus et je vous invite à visiter cette propriété ouverte au public, qui reçoit et vend à l’unité. Personnellement, j’irai. On trouve également les crus chez certains cavistes de Saint-Emilion.

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Lundi 30 avril 2012 L’après-midi de cette journée est dédiée aux appellations périphériques : Lussac et Puisseguin. Trois propriétés ont retenu mon attention dont un gros coup de cœur. La visite du Château Mayne-Blanc, de la famille Boncheau qui exploite 17 hectares sur l’appellation Lussac Saint-Emilion, est rondement menée par Anne. Les lieux sont nets, précis.

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La dégustation propose Château Mayne-Blanc cuvée tradition 2009, facturée 8,20 euros lorsque la bouteille est enlevée à la propriété. La robe est limpide et d’une certaine profondeur qu’on retrouve en bouche. Déjà agréable sur le fruit, on appréciera ce vin sur les années car la matière promet un beau potentiel de garde. C’est d’un très bon rapport qualité-prix. J’aime bien, une fiche dégustation confirmera sans doute. Le Château Mayne-Blanc cuvée Saint-Vincent, facturé 13,20 euros, est élevé 12 mois en barrique neuve (récupérée pour deux années par la cuvée tradition). Le millésime 2009 présente un beau potentiel et il faudra l’attendre un peu pour en profiter. Les vins sont épicés, c’est un peu corsé mais, pour les deux crus, la structure est belle. Il y a de la mâche. On peut encaver, surtout au prix de la cuvée tradition sur un millésime comme 2009, sans oublier la cuvée Saint-Vincent. La cuvée spéciale Essentielle est 100% Merlot. Elle est vinifiée 18 mois dans des foudres subissant une rotation (on verra, sur la journée, ce même principe dans deux autres châteaux). C’est d’une sacrée densité mais l’équilibre est là. Facturé 30 euros, il faudra gouter avant de vous décider.

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Le site du Château La Rose-Perrière, propriété des Sylvain (tonnellerie), est bien rénové et aménagé. Des chambres d’hôtes seront prochainement proposées. La salle de dégustation offre une vue remarquable sur les vignes. L’accueil est effectué par une dame ayant le sens inhérent à l’exercice. Le site est impeccablement tenu.

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La dégustation propose un Rosé fruité (7,10 euros) ; un Blanc qui l’est tout autant par un assemblage Sauvignon Blanc, Gris, Semillion et Muscadelle (11,50 euros) ; La Perrière 2006 d’appellation Lussac Saint-Emilion est agréable alors que le 2009 gagne avec profit la puissance du millésime ; La Rose Perrière est également bien, facturé 15,50 sur le site, c’est 2 euros de plus qu’à Cash vin par exemple ; un peu dommage pour un opération portes ouvertes lors desquelles le consommateur attend un geste (certains sites font 15% de remise) ; Les Grands Versannes 2009, Saint-Emilion Grand Cru est de belle structure, 16,85 euros. Il me semble avoir vu plusieurs de ces crus en GD. A surveiller (pour Les Perrières 2009 et les Grands Versannes 2009) pour des prix en dessous de ceux constatés sur le site. Le coup de cœur de la journée, et de ces 4 journées « oenophiliques », est pour le Château de Môle.

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Si j’ai apprécié le site du précédent château visité, celui-ci apporte à la fois une classe et une âme à la fois touchante et chaude. Immédiatement, s’en dégage un sentiment apaisant de bien-être et de douceur. Le bon goût est de mise, l’esthétisme du lieu combine une dose très justement mesurée de modernisme et une mise en valeur exceptionnelle de la tradition, comment en témoignent une charpente laissant apparaître une poutre monumentale datant du XVIIIe ainsi que les chais à barriques.

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Les artisans locaux ont été mobilisés pour rénover le lieu qui propose des chambres d’hôtes superbes, avec sauna pour certaines, à 145 euros petit déjeuner compris, ce qui est un beau rapport qualité prix au regard de la prestation (la première chambre est à 119 euros, petit déjeuner compris). En prime, la visite a été guidée par l’ancien propriétaire des lieux, monsieur Lénier. Il a eu la gentillesse de nous montrer les chambres aménagées.

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Le lendemain, à la demande de ma chère et tendre, de mon « frère de pays » et de son épouse, à qui j’avais fait part de mon enthousiasme à propos du Château de Môle, nous y sommes repassés ; coup de cœur partagé. Marilyne, employée, a remarquablement pris le relais pour l’accueil et la visite, et le nouveau maître des lieux (depuis 2006) est venu nous rejoindre pour ce qui constitue en partie une confession de sa passion du site et du cru. Bon moment. Qu’en est-il du vin ? L’esthétisme, l’élégance et le bon goût se retrouvent dans l’élixir. Le second vin, tiré de vigne de 35 ans sur l’appellation Puisseguin Saint-Emilion, le Roc Saint-Jacques, a été dégusté sur 2007 puis 2006. Le 2007 présente déjà une certaine souplesse qu’on retrouvera dans le premier vin. La robe est limpide, le nez révèle de beaux arômes et en bouche le boisé (jusqu’à 12 mois en barrique de 1 ou 2 années) n’agresse pas en apportant une petite touche épicée sur un vin finalement fin. A boire dès à présent ou à garder pour que le boisé (absolument pas dérangeant) se fonde un peu plus. Le 2006 est plus féminin. Aux environs de 8 euros la bouteille à la propriété, les deux millésimes s’encavent sans hésiter (même si ma préférence est pour le 2007).

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Le premier vin, Château de Môle, provient de raisins eux-mêmes tirés de vignes 10 ans plus âgées. Le 2007 est le premier millésime à être passé dans les foudres récemment installés. Il présente plus de matière que le second vin, plus de subtilité et de persistance. Il est peut-être moins accessible maintenant et nécessite encore un peu de garde. Quant au 2009, le nez est délicat, et le toucher de bouche l’est au moins autant. C’est d’ores et déjà très agréable, les tanins sont merveilleusement fondus dans une matière maîtrisée qui témoigne d’un grand respect du raisin. L’achat d’une caisse (vous pouvez prendre cela comme une incitation assumée) permettra d’en boire quelques bouteilles pour, immédiatement, se faire plaisir avec un fruit délicieux. Les autres seront oubliées pour, dans une décennie, voir comment l’ensemble s’est complexifié. La bouteille est à 14,20 euros achetée sur place, les prix sont donc moins chers pour les clients se déplaçant.

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J’irai gouter le 2010 du premier vin dès que possible ainsi que le 2009 du second vin prochainement disponible (j’ai franchement hâte). Stéphane Toutoundji a fait un beau boulot de conseil avec Messieurs Auger (nouveau propriétaire) et Lénier (ancien propriétaire toujours présent pour transmettre les connaissances et l’histoire de ce cru) et leur équipe. On notera un passage de témoin qui semble être un exemple entre les anciens propriétaires et les nouveaux. En résumé : chapeau, c’est un bon rapport qualité prix (et le but n’est pas de faire montrer ce dernier, cela va fidéliser le particulier à coup sur). Bref, coup de cœur, et gros coup de coeur pour le cru Château de Môle millésime 2009 !!! A l’issue de cette journée en périphérie de Saint-Emilion, à l’évidence, il serait dommage de ne pas considérer les beaux crus qui y sont travaillés, dès l’entrée de gamme et à prix doux, qui feraient sans aucun doute pâlir bien d’autres… Sans évidemment généraliser, cette humilité du vouloir bien faire et la proximité avec le consommateur particulier sont appréciables. Il est évidemment possible d’aller chez les vignerons en dehors d’une opération « portes ouvertes », par exemple cet été ; vous profiterez alors aussi de très beaux paysages. Mardi 1er mai 2012 J’emmène mon « frère de pays » au Château Valandraud. L’année dernière (cf. fiche afférente), Jean-Luc Thunevin avait usé « de pédagogie avec mon petit dernier pour l’intéresser, avec, en fin de parcours, une petite interrogation : alors Hugo, combien de litres dans une barrique ? … Pour combien de bouteilles ? … quel est le bois de la barrique ?, trois questions dont le petit ne s’en sort pas trop mal, aidé par un enseignant soufflant les réponses… Quand il sera en âge, je promettais de lui expliquer qu’il a eu un bon professeur ». La disponibilité de Jean-Luc Thunevin et de sa compagne est confirmée.

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Comme il est prolixe et généreux pour transmettre sa passion et sa culture sur le vin, comme nous sommes d’insatiables curieux pour apprendre et absorber l’histoire du lieu, nous passons, pour notre plaisir et nous espérons le sien, finalement une bonne partie de la matinée au Château Valandraud. Ne passez pas à côté de ce dernier aux prochaines portes ouvertes, vos hôtes et leur charmante équipe vous accorderont une sincère attention. A l’arrière des bâtiments, une vue plongeante sur les vignes et la frontière Saint-Emilion Castillon est une occasion de fournir d’intéressantes explications sur la propriété, sur ses voisins, sur les terroirs, etc. L’ensemble étant lié par une cohérence s’appuyant beaucoup sur le bon sens. Rien de mieux pour être pédagogue. A la dégustation, Bad Boy et 3 Saint-Emilion Grand Cru : Château Bel-Air-Ouÿ 2007, Virginie de Valandraud2007, Château Valandraud 2007. S’agissant du Bad Boy (16 euros, qu’on trouve parfois à 10), on sait pour quoi il est fait : « plop ! » à l’arrivée de copains et discussion autour d’une bouteille (bref, pour les mêmes occasions qu’un « Hurluberlu » de Sébastien David en Saint Nicolas de Bourgueil ou d’un « Les Sorcières » d’Hervé Bizeul en Côtes de Roussillon). Il remplira son contrat. Le Virginie de Valandraud (35 euros) offre déjà un nez invitant et la bouche suit dans une fraiche élégance. Quant au Château Valandraud (175 euros), il monte le niveau avec plus de concentration mais une matière délicate ; il est difficile d’en dire davantage car l’ensemble est servi un peu frais d’où le sentiment que ce vin de qualité doit s’attendre, peut-être s’est-il un peu refermé après s’être précédemment donné sur le fruit. La fraicheur des deux blancs, bébés de Murielle, est par contre la bienvenue et je ne parle pas que de la température, c’est vraiment très bon ; la robe, le nez et la bouche sont tous les trois dans une belle harmonie, autant sur le second (29 euros) que sur le premier (50).

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Château Valandraud offre également de belle chambre d’hôtes à partir de 119 euros, avec un espace salon et cuisine à la dispositon des occupants.

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Pour le très beau site du Château Sansonnet, je reprends ici ma note de l’année dernière que je complète : — Une jeune femme passionnée, Marie-Bénédicte Lefévère, nous guide des vignes, aux cuves, puis au très beau chai et enfin à la salle de dégustation. Dans chaque coin et recoin, la propreté est impeccable. L’ensemble est d’un goût méritant le coup de cœur. A propos du bâtiment, le site web nous dit : « au XVIIIème siècle le Château Sansonnet fut la propriété du Duc Decazes, président du conseil des ministres sous le règne de Louis XVIII. La demeure historique, rénovée, meublée et décorée accueille désormais des hôtes et des relations professionnelles dans un cadre élégant, à l’image de Saint-Emilion ». Ce château provoque l’étrange et très agréable désir d’y poser ses bagages. On comprend le coup de cœur de la nouvelle propriétaire. —

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L’année dernière, à la dégustation, étaient proposés le second vin et le premier, sur le millésime 2007. Je n’avais pas été séduit. Cette année, le second (12 euros) et le premier (22 euros), sont proposés en millésime 2008. Le niveau monte sensiblement. Le second s’offre déjà alors que le premier ne fait que montrer son potentiel, certain, qui appelle encore un peu de garde. Bref, j’ai le sentiment qu’on ne joue plus dans la même cour et il paraît que le 2010 est très prometteur. Lors des primeurs, j’ai pu gouter le 2011 qui l’est également. S’agissant du 2009, la grêle ayant frappé, les bouteilles seront rares. Les lieux restent tout aussi charmants et impeccablement tenus. Il ne serait pas surprenant que le Château Sansonnet ait de l’ambition, espérons qu’il n’oubliera pas le particulier qui en est amateur. C’est un vœu. Pour terminer cette journée, nous nous sommes arrêtés au Château Guibot La Fourvielle, qui relève du même domaine que le Château Guibau (41 hectares au total). Un mariage d’aieuls ayant réunis les deux propriétés. Mais en amont, Madame Destouet nous accueillant a retracé une partie de la généalogie familiale, nous conduisant au Mexique où un ancêtre, contemporain de Napoléon III, s’est rendu et s’est marié à une française également exilée. Un de leurs enfants a épousé la fille d’un propriétaire terrien. Il revint à Bordeaux peu avant 1930 et l’un de ses fils, après avoir entamé des études en Suisse (ingénieur agronome) dut revenir pour une convalescence qu’il effectua auprès du curé de Puisseguin. Il rencontra alors sa future femme, héritière du Château Guibot la Fourvieille et il apporta lui-même dans la corbeille le Château Guibot qu’il acheta. Je passe les détails, mais n’ayant pas pris de note je ne dois pas être loin de ce qui m’a été conté… Je n’ai pas su depuis quand la famille était présente au Guibot la Fourvieille mais vous savez dans les grandes lignes pourquoi ces homonymes sur un même site.

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Si Henri Bourlon, maire de Puisseguin et père de madame Destouet, a depuis 30 ans adopté la culture raisonnée de ses vignes, sa fille et son gendre se sont lancés dans une certification bio dont le millésime 2012 bénéficiera. Nous avons gouté un Côtes de Castillon, Château Guibeau (2008), et deux Puisseguin Saint-Emilion, Château Guibeau également (2008), et Château Guibot la Fourvieille (2008 et 2009). L’ensemble de la gamme est de belle facture, propre, dans un registre de prix convenable. Plus on la monte, plus la matière est présente, avec un boisé et des tanins encore marqués mais qui s’assoupliront rapidement. En début de gamme c’est typique de ce qu’on appelle un vin gouleyant et sans doute ainsi pensé. C’est bon et ces crus retiennent facilement mon attention pour entrer dans ce compte-rendu d’une escapadoenophile à Saint-Emilion et quelques périphériques avec lesquels j’ai pris beaucoup de plaisir. On remarquera le geste commercial de 15% de remise pour cette opération « portes ouvertes » (tous les châteaux devraient souscrire à un tel geste lors des P.O.), donc n’hésitez pas à visiter ce site, d’abord parce que c’est bon.

 

 

 

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