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Portes ouvertes des Châteaux appellation Graves, 20 et 21 octobre 2012

24 octobre 2012

Un Week-end pluvieux ne saurait décourager l’objectif d’une visite dans ce vaste pays des Graves de Bordeaux qui portent, par leur nom, les caractéristiques de leur sol. Il s’agit d’une longue bande de terre longeant la rive gauche de la Garonne (l’ouest), au sud de Bordeaux, jusque Langon. Il faut en détacher aujourd’hui l’appellation Pessac-Léognan (dont les châteaux ouvrent leurs portes les 1er et 2 décembre 2012).

76 Châteaux ouvraient leurs portes le week-end dernier. Une petite dizaine de châteaux a pu être visitée chaque jour, dont la sélection ci-dessous.

Pour la première journée, je prends la direction sud de l’appellation, dans le secteur de Langon.

Le Château Pont de Brion a été une belle surprise de la première journée, eet même un coup de cœur.

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Accueil de Pascal Molinari dont les grands-parents travaillaient en polyculture et élevaient quelques bêtes (la salle de dégustation a remplacé une étable). Depuis une quarantaine d’années, le travail est exclusivement dédié à la vigne, Pascal Molinari l’a repris il y a 26 ans. A cette époque, la propriété couvrait 6,5 hectares. Elle exploite aujourd’hui 23 hectares en appellation Graves, dont 1/3 pour les blancs et 2/3 pour les rouges. Les lots sont répartis sur trois communes : Langon, Saint Pierre de Mons, Saint-Pardon-de-Conque. Les blancs sont d’un assemblage Sauvignon – Sémillon, les rouges Cabernet Sauvignon, Merlot, Cabernet Franc et une touche de Petit Verdot, selon les crus. Le premier vin (Château Pont de Brion) est élevé en barrique, le second vin (Château Ludeman les Cèdres) ne connait que les cuves.

Le maître des lieux propose une dégustation originale des cépages tirés des cuves et des fûts où travaille le millésime 2012 : Cabernet et Sémillon en blanc, Cabernet Franc, Merlot et Petit Verdot en rouge (le Cabernet Sauvignon est oublié car en fermentation). Dans tous les cépages, le fruit est beau et c’est finalement plus accessible que ce qu’on pourrait croire. Dans la pièce suivante, une belle série attend les visiteurs.

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On remarquera une étiquette modernisée à partir de 2008 pour le premier vin, avec le dessin d’un galet en forme de cœur. Ce galet, présent dans la salle de dégustation, a été trouvé par le propriétaire dans ses vignes. Il ne faudra pas, hâtivement, en déduire que ce cœur de pierre trahit un manque d’émotion, car paradoxalement, on vit ici l’inverse.

La verticale est un beau cadeau pour le visiteur amateur, certes sous réserve que le palais apprécie, ce fut le cas. J’ai franchement aimé le travail de ce vigneron et de son équipe. Dès le Château Ludeman les Cèdres blanc (à part égale de Sauvignon et de Sémillon) le ton est donné : élégance. C’est aérien, délicat, subtil, facile, tout cela avec de la matière pour 5,50 euros. Un excellent rapport qualité prix. Avec le premier vin, le Château Pont de Brion (2/3 Sémillon, 1/3 Sauvignon) en 2011, on monte d’un cran. Le cru gagne en amplitude, en gras, en complexité, pour une bouteille qu’il faudrait gouter à nouveau dans quelques temps lorsque le vin sera mieux installé dans sa bouteille. Mais le 2010 annonce ce qu’il deviendra. Certes chaque millésime produit son effet, mais il y a un vrai style maison. Le 2010 mêle puissance et élégance, fraicheur et longueur, classicisme et disponibilité. Très bon, pour 10 euros, on reste dans un rapport qualité prix devant irrésistiblement conduire les flacons dans la cave. Les rouges confirmeront le beau travail local et les qualificatifs précédents.

Le Château Ludeman les Cèdres résulte d’un assemblage Cabernet Sauvignon, Cabernet Franc et Merlot, alors que le Château Pont de Brion est d’un assemblage majoritairement Cabernet Sauvignon (60%) accompagné de Merlot (30%) et de Petit Verdot (10%). La verticale révèle un potentiel de garde d’une bonne dizaine d’années. Le 2003, millésime réputé difficile, est un jeu homme et le 2002, millésime décrié, est à point et bon. En fait, pour résumer, tout est bon. Rien n’est surfait, le terroir est respecté, il n’y a pas de surenchère technique. De la matière et de la finesse, une bonne longueur, un Graves délicat, c’est possible, ici. Ayant « escapadœnophilé » seul ce jour, un petit regret de ne pas avoir vécu ce très bon moment au Château Pont de Brion avec la bande d’« escapadœnophiles ». La programmation d’une sortie en Graves avec la petite troupe est à coupler avec une sollicitation de Monsieur Molinari pour qu’il nous reçoive au Château Pont de Brion. Bref, ce Château est à mettre dans le carnet d’adresses, à visiter sans forcément attendre les prochaines portes ouvertes mais sans omettre de le mettre dans la liste des Châteaux à rencontrer si vous attendez l’opération 2013. Les crus de ce domaine doivent être encavés !

Le Château Brondelle est également sur Langon. L’accueil est ici exclusivement, et délicieusement, féminin (la propriétaire et ses collaboratrices). Je visite les installations et je rencontre le directeur technique en plein travail.

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Cette propriété familiale a été achetée dans les années 1920, 2 à 3 hectares, par les grands-parents. La polyculture et le maraichage se sont effacés pour une exploitation uniquement vitivinicole conduite par les parents. En 1990 la surface est de 65 hectares. La propriété a été récemment scindée, entre les deux enfants, frères. Les actuels propriétaires possèdent 40 hectares sur le territoire des graves (Clairet, Bordeaux Château Mayne de la Cour, Bordeaux Supérieur Château Bras d’Argent, Graves Château Brondelle et Château Mons Despagne, Sauternes Château Fontaine). Depuis le millésime 2012, 14 hectares de Pessac Léognan ont été acquis, près de la Solitude, pour donner naissance à un cru nommé Château d’Alix.
La dégustation commence par le Château Brondelle Classic 2011, puis le Grand Vin blanc, suivis par deux rouges (Classic 2010 et Grand Vin 2009). Le Classic blanc porte bien son nom et l’amateur y retrouvera un bon Graves sec, avec ce qu’il faut de gras et de longueur (facturé 6,80 euros). Le passage en barrique du Grand Vin blanc (11,50 euros) est à ce jour trop marqué, mais ses arômes sont très prometteurs et on peut parier sur une belle bouteille d’ici une ou deux années, le temps que l’élevage se fonde pour laisser s’exprimer la complexité dès aujourd’hui décelable, mais masquée. Les rouges sont de bons Graves, puissants avec une belle matière et relativement souples, à attendre. Château Brondelle est une bonne adresse.

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Les bâtiments de viniculture du Château Respide (ci-dessus) jouxtent une superbe propriété d’où le cru tire son nom. La visite s’adapte évidemment au public accompagné, notamment lors des explications dans les chais, refaits en 2000. Toutefois, immergé dans un groupe de néophytes parmi les néophytes, je m’éclipse et pars directement déguster. Sont proposés, en blanc, le Château de Respide « Classic » 2011 puis la cuvée « Callipyge » 2009, en rouge, Le Château de Respide 2009, 2000, puis deux millésimes de la cuvée « Callipyge », 2009 et 2005. L’ensemble de la dégustation révèle un Graves au rapport qualité prix correct, notamment lors de cette opération Portes Ouvertes où le château offre environ 10% de remise.
Une mention spéciale pour la cuvée Callipyge, composée à proportion à peu près égale de Cabernet Sauvignon et de Merlot, avec une faible part de Petit Verdot qui apporte une petite touche épicée à ce cru. Encore un peu marqué, donc à attendre. A noter, un sympathique barbecue offert au visiteur.PO Graves 2012 17

 

Impossible d’éviter le Château Chantegrive,

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Certes visité l’année dernière (voir le compte-rendu ici), l’idée de gouter les 2010 en rouge et les 2011 en blanc a, par magie, programmé le pilotage automatique de la voiture dans le but de m’offrir ce plaisir. Les chais, en rouge comme en blanc, sont superbes.

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Une belle série est proposée : Château Chantegrive 2011 et 2010 en blanc, toujours en blanc la cuvée Caroline en 2011 et 2010 ; en rouge le Château Chantegrive en 2010, 2009, la Cuvée Henri Lévêque en 2010, 2009, 2008, 2007 et 2006.

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C’est, pour l’ensemble des vins, le deuxième coup de cœur de la journée.
Le nez est des blancs est agréable, la robe est pâle, plus dorée sur la cuvée Caroline (que je n’ai pas croisé cette année…) qui révèle plus d’arômes et de gras en bouche. Le second vin est plus agrume, tandis que la cuvée Caroline tire un peu sur le buis, j’aime beaucoup. Le 2010 est une pointe plus sémillon que Sauvignon. Les deux millésimes sont très réussis. Les rouges (50% Cabernet Sauvignon, 50% Merlot) possèdent tous une robe sombre annonçant une puissance retrouvée au nez et en bouche. Si j’ai hésité sur certains millésimes du Château Chantegrive en rouge, les 2009 et 2010 (13,50 et 11,50 euros) sont d’une cohérence pour trois de nos sens. Une belle réussite. Il faut aimer les vins denses, amples aux tannins costauds mais pourtant relativement souples. L’attaque est directe, on croque dans le fruit noir dont les saveurs restent en bouche un beau moment. Avec la cuvée Henri Lévêquebis repetita, mais un niveau au-dessus pour ce vin fait avec le raisin de vignes plus anciennes (35 ans) ; un vin qui revendique sans complexe son opulence dont on se régale avec gourmandise. Dans la série 2006 au 2010 (le prix variant de 18 à 20 euros), une préférence pour les 2009 et 2010, mais surtout pour le 2007 qui m’a beaucoup plu. S’il est prêt à boire, sa matière promet encore une garde.
La visite du site vaut évidemment pour les vins, mais aussi pour l’accueil et pour les chais. A l’année prochaine pour apprécier le travail sur les 2012 en blanc et les 2011 en rouge.

Deux Châteaux de la seconde journée ont retenu mon attention : Château d’ArchambaultChâteau de Portets.

Le château d’Archambeau est sur les hauteurs de la commune d’Illats. Le site est très joli, les vignes sont belles. Depuis une semaine une herbe pousse offrant un magnifique spectacle. Elle témoigne du banissement des pratiques de désherbage chimique. Les vignes se plaisent sur ce coteau et elles apprécient la culture raisonnée de Jean-Philippe Duboudieu. Ce dernier accueille de façon enthousiasmante. Sa passion transpire et le moment sera beau. Après avoir gouté le vin en cuve (Sémillion, puis Sauvignon, puis le mélange des deux, puis les rouges en cuve, du 2011 au 2009 car un roulement est effectué notamment pour fractionner la mise en bouteille).

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La dégustation propose le 2008 en rouge, le 2011 en blanc et un rosé étonnant de finesse. Ce dernier n’est pas un rosé de presse mais connait une vinification comme les blancs, il est issu des raisins d’une parcelle réservée à sa production. Très bon et à l’aveugle on pourrait le confondre avec un blanc. Le Blanc est d’égale proportion de Sémillon et Sauvignon. La macération pelliculaire, 12 à 24 heures, vise à révéler les arômes de ce vin que Jean-Philippe Dubourdieu travaille pour la garde. En bouche l’attaque est droite et les notes citronnées caractérisent ce cru d’une finale plutôt minérale. A 7,50 euros, c’est un bon rapport qualité prix. Le rouge 2008 est à 7 euros et confirmera le style élégant et équilibré de l’ensemble de la gamme. Il est composé majoritairement de Merlot et de Cabernet Sauvignon, auxquels sont ajoutés 10% de Cabernet Franc.

Arrivant au Château de Portets, qui terminait l’escapadœnophile, et même si toutes les dégustations se font en crachant le vin, les papilles sont saturées. Néanmoins, ce cru m’a réservé une belle surprise.

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La visite est libre. La dégustation propose trois rouges mais je réserve mon trop court propos sur ce Château au vin blanc 2010 dont les arômes complexes, gras en bouche avec une longue finale épicée … je questionne … c’est bien cela, une touche de Muscadelle accompagne l’assemblage Sauvignon Sémillon. Miam ! C’est le troisième coup de coeur de cette sortie. A 8,50 euros la bouteille, et avec une très sympathique opération (dont les autres vignerons pourraient s’inspirer) où la 6ème bouteille est offerte pour l’achat de 5, le prix unitaire descend à environ 7 euros. C’est un superbe rapport qualité prix. Prochainement une fiche dégustation prendra place sur le blog, pour voir si mon enthousiasme reste intact.
Je commence par ce Château l’année prochaine. Il ne faudra guère se forcer, le site est magnifique.

En cours d’année, un petit arrêt à la Maison des vins de Graves, à Podensac, s’impose. Bon accueil, souriant, prix corrects.

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