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L’amateur, la notation, ce blog.

30 janvier 2013

Il ne s’agira pas, ici, de discuter la pertinence de la notation (qui conduirait par exemple à puiser dans les Sciences de l’Education, mais pas seulement, puisqu’il s’agit plus largement d’évaluation), mais plutôt de l’exercice auquel procède l’amateur lorsqu’il note le vin. La note est un artefact pratique pour situer soit celui qui la donne, soit celui qui la reçoit, ou toute autre personne qui en prend connaissance, par rapport à un référentiel maîtrisé, ou au moins connu. Celui qui reçoit une note apprécie de connaître la grille de critères utilisés. L’évaluateur doit, de son côté, maitriser cette grille pour apporter un jugement pertinent. Les critères ne sont pas forcément d’ordre objectif et peuvent laisser une part au sentiment, à l’émotion, ou à toute autre appréciation de nature qualitative échappant à des formes rationnelles (au moins pour l’exercice qui nous réunit sur ce blog).

J’ai ressenti le besoin d’écrire mes escapadœnophiles pour apprendre. Ce blog en est la manifestation. Au départ, il s’agissait d’un propos couché sur les pages électroniques d’un traitement de texte ensuite envoyées à quelques amis dont l’un eut la bonne idée de proposer la tenue d’un blog. C’est effectivement plus pratique. Mais ce blog est consultable par tout internaute. Sans publicité, il flirte maintenant avec près de 6500 nouveaux visiteurs alors qu’il a été lancé en avril et chaque post entraine rapidement une centaine de consultations, par quelques fidèles apparemment, dans les 24h. C’est modeste par rapport à ce qu’un professionnel attendrait, c’est bien au-delà de ce que j’imaginais, n’ayant aucune ambition à ce sujet. Ce constat conduit à questionner la notation.

En effet, j’ai trouvé utile d’utiliser un système de notation pour me rappeler si j’avais, et à quel niveau, apprécié le vin commenté. Un système de traduction quantitative reste pratique, même s’il perd au passage les nuances (toutefois présentes dans le commentaire le précédant).
J’ai d’abord noté sur une échelle de 5 points. C’est court pour apporter des nuances ; je suis donc passé à un système de notation sur 20 points ; c’est très franchouillard quand on sait que le système de notation des vins utilise, mondialement, une échelle sur 100 qui offre une latitude d’environ 30 points pour ceux qui notent assez large (de 70 à 100, les crus étant moyens, bons ou très bons recevant généralement des notes entre 84 et 100, tout cela dépendant des évaluateurs). Mais ce faisant, j’aurais eu le sentiment de jouer au pro alors que, comme le rappelle la courte description de ce blog (en haut à droite de la page), je suis dans ce domaine un amateur naïf et curieux qui souhaite absolument garder ce statut.

La note d’Hervé Bizeul à propos de la limitation d’une notation sur 100 m’a beaucoup fait rire (ici pour lire ce petit bijou), mais a aussi conduit à une interrogation sur la capacité de l’amateur à noter alors que le système comporte des biais. Ces biais sont sans doute réduits lorsqu’un professionnel apprécie un vin non seulement dans l’instant présent, mais aussi en fonction du référentiel qu’il possède grâce à sa grande expérience (il faut avoir gouté beaucoup pour situer un vin), à sa connaissance de la réputation du cru, de son potentiel d’évolution etc. Certes, ces points eux-mêmes sont également discutables car ces professionnels sont soumis à d’autres contingences que ce mot n’évoquera pas… Il faudrait un système permettant d’évaluer les évaluateurs eux-mêmes… Là, on ne s’en sort plus en imaginant qu’il faudrait alors aussi un système d’évaluation du système d’évaluation, etc. (un problème que connaissent bien les auditeurs ou les contrôleurs, laissons-leur…).

Récemment je goute un Bordeaux Supérieur et je le note très bien, parce que le moment est beau, peut-être aussi parce finalement j’apprécie de plus en plus les vins jeunes (bien que l’âge des vins de garde correcte que je continue de préférer se situe autour de 15 ans, bref les vins adolescents). Peu avant, j’avais noté deux crus classés un peu au-dessus. Force est toutefois de reconnaître que le potentiel n’est pas le même, quoique sur le rapport plaisir/prix le Bordeaux supérieur prend un avantage (les crus classés commentés ayant également sur ce registre une belle appréciation). Mais suis-je certain de pouvoir apprécier un potentiel d’évolution d’un vin. A nouveau, tout un ensemble de contingences doit être considéré : appellation, régularité du cru appréciée par son histoire et la qualité des millésimes plus vieux aujourd’hui (que je n’ai pas goutés), etc. Force est de constater que je n’ai pas la maîtrise, évoquée plus haut, d’une telle grille. Par exemple, heureux d’un moment passé avec un Bordeaux supérieur, on pourrait avoir une tendance à le surnoter, sans évidemment imaginer que le statut de grand cru conduise obligatoirement à des vins au potentiel supérieur à un Bordeaux supérieur, ce n’est pas mon propos et c’est une autre discussion.

Bref, Il ne suffit pas de revendiquer le statut d’amateur naïf et curieux, encore faut-il le respecter et je me gratte à nouveau la tête pour questionner la pertinence, pour un amateur, de mettre une note publiquement affichée sur un blog. Il ne s’agit pas de dire que cet exercice est réservé au professionnel, mais de confesser que finalement je suis un peu mal à l’aise avec un système trop normatif par son caractère quantitatif.

Dès ce WE, il n’y aura plus de note mais juste un mot qualitatif résumant mon sentiment :

PASSABLE

ASSEZ BON

BON

TRES BON

EXCELLENT
Evidemment il est possible de faire le lien avec l’ancienne grille de notation (en faisant grâce des décimales : 10 ou 11 = passable ; 12 à 13 = Plutôt bon ; 14 à 15 = bon ; 16 à 17 = très bon ; au-delà = Excellent).
Il sera possible de laisser l’attribut « coup de cœur » dans le commentaire.

Ce qui veut dire aussi, que pour comprendre les nuances qu’il pourrait y avoir entre deux vins ayant été appréciés comme très bons (l’un ayant pu avoir précédemment un 16 et l’autre un 17,5, il conviendra de lire le commentaire et pas uniquement son résultat). D’autres blogs fonctionnent ainsi, et c’est finalement très bien.

Comme je parle uniquement de ce que j’ai aimé, les « Passable » et « Plutôt bon » seront rares.
Les posts antérieurs ont été revus pour leur appliquer le présent propos.

 

 

 

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