Haut Marbuzet 2006

Château Haut-Marbuzet, Saint-Estèphe, 2006 : AIE ! Ebauche de discussion sur le vin acheté en grande surface

22 juin 2013

Déception lors de la dégustation de ce vin.

Le lecteur peut être surpris de lire ce commentaire alors que ce blog reproduit des comptes-rendus uniquement pour les vins appréciés. Il faut alors lui préciser que j’ai bu ce cru, dans ce millésime, il y a quelques semaines lors d’une manifestation au CIVB où Jean-Luc Thunevin et sa compagne Murielle Andraud (Château Valandraud), ainsi que Henri Dubocq (Château Haut-Marbuzet), dédicaçaient deux ouvrages qui leur étaient respectivement consacrés. Chacun de ces propriétaires avait apporté quelques crus. Henri Duboscq était arrivé avec, entre autres, ce Haut-Marbuzet 2006 que j’avais particulièrement apprécié et l’idée d’en faire une fiche de dégustation devenait en conséquence pressente puisque quelques exemplaires garnissent ma cave… (et je croise les doigts pour retrouver le plaisir de la dégustation au CIVB).

Comment expliquer une telle différence : d’un côté une bouteille très appréciée, de l’autre une bouteille qualitativement largement dessous  ?

Certes il peut y avoir parfois un petit problème de flacon, mais je n’y crois pas pour ce cas. Mon verdict : le vin servi au CIVB venait de la cave du propriétaire  ; ma bouteille, conservée chez moi dans d’excellentes conditions, provient d’une grande surface (Auchan). Ce n’est pas la première fois que je constate une différence entre les vins achetés en grande surface et les mêmes goutés chez les propriétaires bien équipés en conditions de garde (idem pour certains cavistes sérieux).

Il y a quelques années, une promotion sur le Château Maucaillou 2005 m’a tenté  : 12 bouteilles ont été achetées, 5 sont déjà partis dans l’évier… J’ai contacté Auchan, d’où provenaient ces bouteilles, qui les aurait échangé m’a-t-on dit si le ticket de caisse avait été conservé (c’est la petite leçon du jour dans la leçon du jour… gardez vos tickets, cela peut aussi servir en cas de dommage côté assurance).

Plus récemment, j’ai gouté un Clos du Marquis 2002 chez un négociant sérieux de la place bordelaise  ; rien à voir avec les deux bouteilles que j’ai ouvertes chez moi, insipides alors que ce négociant m’a proposé un très bon vin. Mes bouteilles provenaient de l’enseigne Auchan (il m’en reste une).

Certes il est possible d’imaginer que les vins achetés aux foires de septembre ne souffrent pas trop du transport ou du stockage, car livrés juste avant l’opération. La prudence conduirait à vérifier, lorsque c’est possible. Les prix pratiqués lors des foires sont souvent irrésistibles, les propriétaires eux-mêmes en sont parfois surpris (ex  : en 2010 me semble-t-il, Sociando-Mallet 2008 à 19,90 euros), du moins lorsqu’ils n’ont pas consciemment cédé à une opération de déstockage ; et que dire des «  vrais  » cavistes constatant des prix de vente parfois inférieurs à leur prix d’achat. Enfin, c’est ici un autre sujet pour lequel un petit billet à venir pourrait lancer une discussion (déstockage, participation au seuil de rentabilité, besoin de trésorerie, avantage pour le consommateur, désillusion du consommateur, prix actuels des vins, etc.). Un billet à venir, plus étayé, histoire de lancer un débat entre consommateurs amateurs.

Bref, si possible, il convient de vérifier les conditions de garde des vins en grande surface (voire chez certains cavistes, soi-disant…). Certaines enseignes, ou plutôt certains magasins sont équipés en conséquence, mais pas tous, loin s’en faut… Plus largement, où que ce soit, vérifier et se renseigner sur les conditions de garde.

 

 

 

4 Commentaires

  1. Omar Buzet dit :

    Bonjour Monsieur l’amateur naïf qui posez les bonnes questions,
    Le problème que vous soulevez est plus grave qu’il n’y parait. C’est de la conservation des vins en général, dont il est question. Les grands vins rouges de Bordeaux ne se gardent bien que s’ils sont constitués pour cela et/ou qu’ils sont stockés dans des conditions favorables (fraîcheur et humidité). Vos déconvenues prouvent, s’il en était encore besoin, que les sulfites ne protègent de rien ou de pas grand chose et pas au delà de trois ou quatre ans. Ce sont une bonne cave et une vraie constitution de garde qui permet aux bordeaux de voyager dans le temps. Le souci est que rares sont, désormais, les viticulteurs qui préservent une belle acidité et de tannins fermes dans leurs vins. C’est, pourtant, l’assemblage de ces deux qualités alliées à celle de l’alcool qui ont fait de ces grands vins aptes à voyager dans le temps. Lorsqu’on veut tout gommer et tout arrondir, on plait aux ignorants qui ne connaissent et ne reconnaissent que le sucre et les arômes, mais on finit par décevoir ceux qui croient encore que les vins de la Gironde, faits avec des cabernets et des merlots, se gardent longtemps. Soyez vigilants : nombre de mots et de noms ont été vidés de leurs sens ou de leurs identités par les champions de la publicité et du marketing. Derrière la jolie façade, du toc.
    Vivement le retour du Vin !

  2. Omar Buzet dit :

    On peut, en effet, traiter les deux sujets séparément mais il est indispensable, pour bien comprendre ce qui se passe, de les mettre en perspective à un moment ou à un autre.
    Le marketing et la publicité jouent un rôle toxique dans cette histoire parce qu’ils entretiennent l’idée de terroir, d’authenticité, d’histoire. Certes, ils ne disent pas expressément que les vins peuvent se garder mais ils se gardent bien de dire le contraire. Parce que les vins d’aujourd’hui ne cherchent plus à être l’expression d’une appellation mais à plaire au consommateur moyen, ou au moins aux critiques en vogue susceptibles de leur accorder une note. Et ces critiques ne veulent ni de la « pointe d’acidité » ni des tannins sans lesquels Bordeaux ne serait jamais devenu Bordeaux. Ainsi, la communication autour des vins dits « grands » est-elle étudiée pour profiter de la planétaire et incontestable réputation de garde des crus bordelais mais sans dire que les recettes d’aujourd’hui ont remplacé les usages locaux, loyaux et constants d’antan qui ont construit cette réputation… J’en veux pour preuve ou, au moins, commencement de preuve qu’aucun critique de vins ne se risque à organiser des dégustations comparatives de vins de sept ans et plus, l’âge traditionnel d’entrée de ces grands vins rouges dans leur période de maturité. Les magazines chargés de diffuser la bonne parole sont saturés de commentaires sur des vins de 6 mois à 3-4 ans mais vides de comparatifs du genre : « Où en sont les grands vins du Libournais de 2003 ? » ou « Les grands crus de Médoc et des Graves 2000″, etc. Alors que ce sont ces millésimes-là que nous devrions déboucher aujourd’hui. Le marketing n’est plus en accord avec les produits qu’il vante, alors que c’était son noble rôle, à l’origine.
    Voilà pourquoi il me semblait intéressant de lier ces deux débats. Mais nous pouvons ne parler que de conservation.

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